Hélène Panneton aura fait chanter l’orgue Casavant et ainsi enchanté l’église Saint-Viateur pendant 35 belles années. « J’ai été nommée en 1974, mais comme j’ai passé deux années en Europe, le compte est plus juste à 35… », sourit l’organiste.

Née à Sherbrooke dans une famille où la musique était toujours invitée, Hélène a d’abord appris le piano avec ses 4 soeurs et 2 frères. «Nous sommes quatre en musique. Mon frère François dirige quatre chorales; Isabelle est doyenne par intérim de la fac de musique de l’Université de Montréal et Denise enseigne la culture auditive et l’écriture, au conservatoire de musique de Montréal. Et j’ai un garçon qui fait partie des Petits chanteurs du Mont-Royal.»

«Quand j’étais jeune, ma soeur Marthe et moi-même étions pianistes et notre curé nous a demandé un jour de venir jouer nos pièces à l’orgue pendant la messe : son organiste venait de claquer la porte! J’ai été touchée par cet instrument à la sonorité si particulière. Mais j’ai dû apprendre la pédale pour pouvoir en jouer correctement. »

La pédale représente presque un clavier supplémentaire où les pieds, en suspension, ont un rôle important et passent de l’une à l’autre touche avec la même agilité que les doigts.

« Physiquement, c’est très exigeant d’être en équilibre constant sur le bassin. Par chance, l’orgue de Saint-Viateur est électro-pneumatique, plus souple à jouer que l’orgue mécanique de l’Oratoire Saint-Joseph. »

« Louis Telmosse, un des anciens curés, était le frère jumeau de ma mère », rappelle Hélène Panneton. « Comme je suivais des cours d’orgue à Montréal, je restais dormir au presbytère ces jours-là. La nièce du curé a ainsi rencontré tous les gens qui veillaient au bien de l’église, se souvient-elle. Quand mon oncle a été nommé à l’archevêché, une nouvelle équipe s’est mise en place et c’est une religieuse qui se souvenait de moi et qui a conseillé au nouveau curé de m’embaucher comme organiste. »

Interrogée sur ses préférences en musique, Hélène répond : « J’adore la musique romantique, mais avec le temps, les œuvres de Jean-Sébastien Bach sont devenues mes pièces de prédilection; c’est une musique dont on ne se lasse pas. La jouer vous ressource. L’orgue de Saint-Viateur est un orgue romantique. L’original fabriqué par la maison Casavant manquait de brillance. En 1991, on a pu financer la restauration de l’orgue, ce qui a permis de le rééquilibrer et d’ajouter plus de brillance dans sa sonorité. La musique de Jean-Sébastien Bach est mieux servie maintenant qu’auparavant. »

Un hommage à Auguste Descarries

« En 35 ans, j’ai accompagné plus de 2000 funérailles. Cela crée des liens avec de nombreuses familles d’Outremont. Le répertoire demandé est souvent le même auquel on ajoute des pièces plus liturgiques. Or, les gens ne savent pas qu’une église n’impose pas forcément une messe. Chacun peut demander d’y célébrer un service spirituel avec ou sans cérémonie religieuse. Avec le curé de la paroisse, nous avons donc élaboré il y a deux ans un programme qui permettait aux familles d’utiliser au mieux les ressources de cette église dans le cadre des funérailles. En outre, ces dernières années, on a célébré entre 25 et 30 mariages par an. Quand je suis arrivée, on n’en faisait qu’une quinzaine. »

« Au fil des années, les rites ont évolué et les gens ont voulu personnaliser les cérémonies. Outremont est un milieu éduqué, où les familles ont des demandes spécifiques, comme telle cantate de Bach ou telle pièce moins connue du répertoire. Mais en général, dans les services funèbres, l’important pour moi était d’avoir des musiques auxquelles tout le monde pouvait adhérer. Aussi, pour les messes dominicales, on publiait la liste des œuvres interprétées à l’entrée, à l’offertoire, à la communion et à la sortie, soit dans le bulletin paroissial, soit plus tard sur le babillard de l’église. »

« Entre 1997 et 2008, j’ai participé avec le père Jacques Houle et le père Pierre Goulet à la mise en place des Espaces spirituels. On n’en faisait six par an. Il s’agissait de para-liturgies thématiques (l’enfance, les droits humains, le départ, etc.) avec un choix de musiques et de textes. En chaire, le célébrant lisait un extrait d’évangile sur des thèmes liés à la spiritualité et au monde moderne. Nous avions même fait un thème sur la prière à l’opéra. J’en ai assumé la coordination pendant cinq ou six ans. C’était beaucoup d’ouvrage, mais c’était passionnant et cela me permettait d’entretenir mes deux passions : les textes et la musique. »

En effet, le curriculum vitae d’Hélène Panneton cache d’autres atouts en plus de ses nombreux diplômes en clavecin et en orgue : un bac en littérature française et un bac en traduction. Elle fait beaucoup de traduction de l’anglais vers le français dans le domaine des arts et pour des facteurs d’orgues. Elle a la passion « du bon mot, de la belle tournure » dit-elle. Mais elle a encore d’autres cordes à son arc puisqu’elle sera commissaire de l’exposition d’Anne Kahane à la galerie d’art d’Outremont à partir du 12 janvier.

Après trois disques en solo, « j’ai un projet de disque de musique religieuse qui sera enregistrée à Saint-Viateur, en hommage à Auguste Descarries. Maître de chapelle de 1938 à 1958, Auguste Descarries a été aussi organiste, pianiste, chef de chœur, membre d’un orchestre de chambre et membre de l’Académie de musique du Québec. C’était un musicien complet qui a composé un répertoire spécifique à Saint-Viateur, dont le fameux Hosanna à Saint-Viateur. Il avait également composé une Rhapsodie canadienne. On célèbrera le centenaire de l’église Saint-Viateur en 2013. J’espère que la présentation du disque sera l’occasion d’un grand concert… »

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