Les images de Neda Topaloski, scandant seins nus à côté de la ministre Hélène David, ont rapidement fait le tour du Québec. Au lendemain de son coup d’éclat, le geste de provocation a-t-il eu l’effet escompté? Rien n’est moins sûr puisque le mouvement s’essouffle, selon des experts consultés par TC Media.

Neda Topaloski planifiait l’irruption à l’Assemblée nationale depuis des semaines avec son équipe de FEMEN Montréal. Incapable de trouver le Ministre de la santé, Gaétan Barrette, à l’Assemblée nationale jeudi, la militante a décidé de se devêtir devant les premières caméras qu’elle a croisées.

Son objectif: attirer l’attention sur le projet de loi 20 qui, «en supprimant le statut d’activité médicale prioritaire (AMP), menacerait l’accès inconditionnel à l’avortement pour les québécoises», explique-t-elle.

Mission accomplie pour FEMEN
«Ce qui compte pour FEMEN c’est de passer notre message et pour ce faire, les médias sont nos alliés. Même si en ce moment, ils instrumentalisent la manifestation pour parler uniquement de la sécurité des élus à l’Assemblée», juge Neda Topaloski

Elle considère que pour FEMEN c’est une réussite: «notre objectif, c’est de performer une révolte féminine et je pense que c’est réussi. Les Québécois ont très bien compris ce que j’ai dit hier, qu’ils en parlent ou pas», explique-t-elle, plus de 24h après l’événement.

«On parle du danger que je représente, alors que je n’avais aucune arme, rien qui aurait pu faire du mal ou violence à qui que ce soit, lance-t-elle. C’est ridicule.»

Des effets discutables
Pour les FEMEN, utiliser la nudité est une façon de mettre le corps de la femme au centre des politiques qui les concernent.

Jean-François Dumas, président d’Influence Communication, considère plutôt que «tant que leur façon de faire ne sera pas renouvelée, les femmes en tant que tel seront toujours plus grandes que leur cause. Notons que dans les médias, le nom de Neda Topaloski revient plus souvent que celui de la cause», conclut-il.

Selon lui, les FEMEN ont traversé trois grandes phases médiatiques depuis leurs premières apparitions. «La première étant l’attrait des médias envers leurs façons de procéder ainsi que leurs revendications. La seconde étant l’intérêt porté aux femmes, aux militantes et finalement, la phase actuelle qui reflète une certaine usure médiatique», énumère-t-il.

Il conclut en indiquant que «c’est majoritairement l’aspect spectaculaire qui est traité parce que 99% des gens ignorent ce qu’est la loi 20».

Selon Denis Monière, anciennement professeur de sciences politiques à l’UdeM, les gestes spectaculaires que posent les groupes militants sont les seuls qui génèrent de l’attention.

«Elles connaissent la logique des médias, elles savent que les journalistes vont choisir des sujets qui vont faire vendre de la copie, alors elles essaient d’en tirer avantage», indique-t-il en précisant que ces actions n’ont aucun effet ou conséquence politiques.

Selon Martine Delvaux, professeure à l’UQAM et chercheure à l’Institut de recherches et d’études féministes, les FEMEN comme tous les autres groupes militants n’ont jamais la garantie que leurs gestes aient les effets escomptés. «Ce sont des risques que les groupes militants prennent, mais ça n’invalide pas les gestes posés», assure-t-elle, ajoutant que grâce à la clarté du message des FEMEN c’est certain qu’il passe.

Le projet de loi 20 retirerait le statut d’activité médicale prioritaire (AMP) à l’avortement, ce qui selon plusieurs acteurs du milieu limiterait l’accès aux soins. Le ministre Gaétan Barrette assure toutefois que la réforme de la loi 20, ne changera en rien l’accessibilité à l’avortement au Québec.

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