Denis Germain Maintenant âge de 18 ans, Jordan Mathieu évolue pour la première année dans la catégorie « senior », où il devra affronter des boxeurs plus âgés que lui. Un défi qu’il saura relever, selon son entraîneur, Vincent Auclair.

Deux fois sacré champion canadien jeunesse et médaillé de bronze aux Jeux de la jeunesse du Commonwealth 2017, le boxeur Jordan Mathieu s’entraîne en vue des prochains Championnats des gants dorés, dernière étape vers une qualification pour les prochains jeux canadiens. L’athlète de 18 ans doit toutefois relever un défi à l’extérieur du ring : la recherche de partenaires financiers. C’est une quête essentielle, mais ardue pour les sportifs amateurs de la relève.

Le résident de Pointe-aux-Trembles a approché plusieurs entreprises avec son cv sportif, sans succès. « Pour le moment, ça n’a pas fonctionné, je suis encore en discussions avec certaines personnes. Mais ce n’est pas facile, avoue-t-il. Les gens que j’aborde ne me connaissent généralement pas, la présentation est à refaire chaque fois. »

À court terme, il cherche des partenariats ponctuels pour le soutenir pour les prochaines compétitions.  « Il va me falloir aussi un commanditaire à plus long terme, mais je vais devoir gagner encore davantage de compétitions pour y arriver », souligne le pugiliste.

Une passion qui coûte cher

En plus de gérer gère un site Web par lequel il vend des casquettes qu’il confectionne, Jordan complète actuellement ses études en cuisine à l’École des métiers de la restauration et du tourisme de Montréal, et s’entraîne six fois par semaine. Son rêve : participer aux Jeux olympiques de 2020.

Difficile d’ajouter un travail à temps partiel à son horaire déjà chargé.

« Un partenaire financier, c’est essentiel pour un athlète qui a de telles visées, affirme son entraîneur du Club de Boxe Champions, Vincent Auclair. Si on veut qu’il performe, idéalement, il faut qu’il soit à temps plein sur son entraînement. »

Entre temps, la facture gonfle. La mère du sportif, Lyne Laperrière, évalue à 3000$ les coûts de la route qui a mené vers la participation du jeune champion à la prochaine compétition, qui se déroulera à Lévis, du 26 au 28 octobre. En plus des frais directement liés aux Championnats eux-mêmes, les dépenses ont été nombreuses dans la dernière année: achat d’équipements, inscription au gymnase, frais d’enregistrement à Boxe Québec et frais d’entraîneur, entre autres.

« Et encore, cette année, il n’a pas beaucoup été à l’étranger, souligne-t-elle. L’an dernier, il a été à Nassau, aux Bahamas pour les Jeux du Commonwealth, et en Pologne, pour un autre tournoi interpays. Quand ça arrive, il y a encore plusieurs milliers de dollars de frais qui s’ajoutent. »

Plus difficile à Montréal

Les compagnies sont plus réticentes à s’associer à des athlètes amateurs, qui jouissent de moins de visibilité que les professionnels, selon l’entraîneur Vincent Auclair.

« Et à Montréal, les commanditaires ont tellement le choix d’athlètes que c’est encore plus dur, souligne-t-il. Souvent, il faut connaître personnellement quelqu’un. »

Une analyse que confirme l’ex-plongeuse Annie Pelletier, aujourd’hui responsable de communications pour la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec (FDAEQ), selon qui le financement, c’est « le nerf de la guerre depuis longtemps pour les athlètes amateurs. »

« Dans les plus petites régions, souvent les entreprises locales vont favoriser les athlètes locaux, explique la médaillée olympique de 1996. Mais il y a beaucoup d’athlètes dans la région montréalaise, alors ils doivent se démarquer davantage avant de réussir à intéresser une entreprise. »

Elle souligne qu’en plus d’un crédit d’impôt, auquel ont droit les sportifs de niveau relève et élite, plusieurs fondations, dont la FDAEQ, peuvent remettre des bourses ponctuelles pour aider certains athlètes en émergence. «  Mais au niveau des commandites personnelles, c’est très difficile, avant d’avoir gagné une médaille olympique. »

La nécessaire créativité

Selon Marie-Anik L’Allier, dont l’agence éponyme représente entre autres les sportifs bien en vue Marianne St-Gelais, Joannie Rochette et Alexandre Bilodeau, les commandites se font de plus en plus rares, même pour les athlètes olympiques.

Pour attirer l’attention des entreprises, le premier critère évalué est la portée de l’athlète sur les médias sociaux. « S’il n’y a que, par exemple, 1000 personnes qui suivent la page Facebook de l’athlète amateur, explique-t-elle, dont la moitié sont des amis et de la famille, ce n’est pas intéressant pour un commanditaire ou un donateur corporatif potentiel. Il faut vraiment mousser sa visibilité en ligne. »

Les athlètes de la relève doivent donc être créatifs et explorer d’autres avenues. Par exemple,  « donner des conférences, organiser des activités de financement, trouver de plus petits dons corporatifs, ou encore aller vers le sociofinancement », explique Mme L’Allier, avant d’admettre qu’un tel investissement pouvait représenter une somme de travail considérable.

De plus, souligne l’agente, les sportifs se trouvent également en compétition avec des gens hors de leur milieu. « L’entreprise qui veut commanditer, embaucher pour une publicité ou faire un don peut aller vers des acteurs, des organisations philanthropiques ou des musiciens. Cet aspect a beaucoup changé. »

Déterminé, Jordan Mathieu assure ne se décourage pas dans sa démarche de financement, et aborde les prochaines compétitions avec confiance.

« Je vais passer au travers facilement, et je vais ensuite aller aux championnats canadiens, et j’y vais pour gagner, affirme-t-il sans hésiter. Je vise les Olympiques de 2020, et 2024, et après ça on tombe pro. »

Si son rêve se réalise, un partenaire potentiel qui l’aura soutenu depuis ses débuts aura grandement contribué au développement du jeune athlète, « et aurait un bon retour sur son investissement », conclut son entraîneur.

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