Nouvelle ministre déléguée aux Transports et responsable de la Métropole, Chantal Rouleau aura fort à faire pour mettre en œuvre l’ambitieux plan de transport proposé par la Coalition Avenir Québec (CAQ) pendant la campagne électorale. Elle devra aussi développé une étroite collaboration avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, une ancienne adversaire politique.

Il est jeudi 18 octobre, 15h. Chantal Rouleau rayonne au beau milieu du Salon rouge de l’Assemblée nationale, entourée de nombreux journalistes qui jouent du coude pour lui parler.

Il y a quelques minutes à peine, elle a fait son entrée officielle au sein du premier conseil des ministres du gouvernement Legault. Son serment, prononcé en français et en anglais, donnait déjà le ton; elle sera la ministre de «tous les Montréalais».

«Montréal a une communauté anglophone importante, explique-t-elle à l’Avenir de l’Est qui s’est rendue à Québec pour l’occasion. Je voulais passer le message que l’on va travailler ensemble».

Avec François Bonnardel, le député de Granby qui portera le titre de ministre des Transports, elle aura pour tâche de mettre en œuvre le programme de la CAQ qui promet entre autres de décongestionner Montréal.

«De par le mandat qui m’est donné, ma priorité sera bien sûr le développement du transport et de la mobilité, et ce sont des enjeux que j’ai toujours eus à cœur», dit l’ancienne mairesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles.

Mais «il y a bien sûr beaucoup d’autres enjeux à régler, ajoute-t-elle. Il faut faire grandir la métropole. Le développement économique est extrêmement important, on veut créer de la richesse et la région de Montréal est le moteur économique du Québec.»

Les attentes de Montréal
Pendant la campagne électorale, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, avait exprimé plusieurs attentes à l’égard du futur gouvernement.

En ce qui concerne le développement de l’est de Montréal et l’amélioration de l’accès aux berges de l’île, deux priorités de l’administration montréalaise, Mme Plante devrait trouver une oreille attentive chez la nouvelle ministre, qui a défendu ces enjeux au long de sa carrière municipale.

Montréal demande également à Québec d’investir massivement dans le transport en commun. La CAQ a mis de l’avant un plan de décongestion de 10G$ pour la région métropolitaine, qui inclut entre autres le prolongement des autoroutes 13 et 19.

«Dans notre plan de transport, on a proposé des mesures pour couvrir l’ensemble de la région avec la prolongation du REM pour les couronnes, la réalisation du SRB Pie-IX, la réalisation de la ligne bleue jusqu’à Anjou et le tramway de l’Est, énumère Mme Rouleau. Il y aura certainement d’autres choses qui vont se rajouter.»

Le nouveau premier ministre avait également promis l’étude d’opportunité pour le prolongement de la ligne jaune du métro à Longueuil.

Le plan semble audacieux. Sera-t-il possible de livrer la marchandise? «Absolument, ça va être livré, répond Chantal Rouleau sans hésiter. C’est la raison pour laquelle je suis là. La raison pour laquelle le premier ministre me confie ce mandat, c’est de réaliser ce que l’on a dit. On commence maintenant.»

La nouvelle responsable de la métropole est toutefois plus hésitante quant au sort réservé au projet de ligne rose, une promesse phare de la campagne à la mairie de Valérie Plante. François Legault l’avait rejeté avant de nuancer sa position, se disant ouvert à discuter d’un projet en surface plutôt que d’une ligne souterraine.

«Il y a actuellement une étude qui est en train d’être réalisée avec les instances régionales, répond-elle. Il peut y avoir un besoin pour une ligne de transport, mais il faut voir de quoi nous avons réellement besoin. Il est trop tôt pour se prononcer.»

Une collaboration à développer
Le projet de la ligne rose n’est pas le seul dossier sur lequel la vision de la mairesse montréalaise est en porte-à-faux avec les propositions caquistes.

François Legault a affirmé que la Ville de Montréal avait trop de pouvoir au sein de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) et que le gouvernement se devait d’agir en arbitre afin d’arriver à un meilleur équilibre entre les maires des banlieues et la mairesse de Montréal.

Le premier ministre avait également évoqué la possibilité de réduire le nombre d’élus à Montréal, ce qu’avait vivement déploré Valérie Plante.

Un autre dossier épineux : la consommation de cannabis dans les lieux publics. La CAQ promet de l’interdire alors que la mairesse montréalaise estime que la ligne dure ne cadre pas avec la réalité locative de Montréal.

C’est sans compter l’intention du nouveau gouvernement de légiférer pour interdire les signes religieux pour les employés de l’état en position d’autorité. La chef de Projet Montréal se dit ouverte au port de signes religieux dans les forces policières et au sein de la fonction publique.

À savoir comment elle compte jongler avec les visions de son parti et celles de l’Hôtel de Ville de Montréal, tout en collaborant avec celle qui fut son adversaire politique, Chantal Rouleau dit miser sur la communication.

«On dit parfois adversaire un jour, amie le lendemain, répond-elle. On a chacune un rôle important à jouer pour l’avancement de la région de Montréal. Tout est basé sur la communication, qui est d’ailleurs excellente entre nous.»

Peu après l’annonce de la composition du Cabinet Legault, Valérie Plante a affirmé vouloir juger le nouveau gouvernement «sur les actions qu’il va poser». Elle a également salué la nomination de Chantal Rouleau. «Bien que Mme Rouleau et moi n’étions pas dans le même parti politique, il y a plein de sujets sur lesquels on est d’accord. Elle a dit qu’elle voulait travailler sur le développement de l’Est et le transport, moi aussi. Je vois ça de façon très positive.»

Chose certaine, la nouvelle ministre responsable de la Métropole connaît bien les rouages de l’administration montréalaise, ayant été mairesse de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles pendant huit ans.

Élue en 2010 sous la bannière de Vision Montréal, elle avait rejoint la nouvelle formation politique menée par Denis Coderre, en 2013. Le maire lui avait alors confié les dossiers touchant les infrastructures de l’eau au comité exécutif de Montréal. Elle avait également été membre du conseil d’agglomération de Montréal et du comité de coordination des grands projets, ainsi que de la commission de développement économique, équipements et finances de la Communauté métropolitaine de Montréal.

Seule sur son île
Fait rare, Chantal Rouleau sera la seule représentante montréalaise à accéder au conseil de ministres. Le seul autre député de la CAQ sur l’île, Richard Campeau, élu dans Bourget, ne figure pas sur la liste.

Alors qu’une bonne proportion des ministres nommés viennent de la Montérégie et que Montréal est noyée dans une mer bleu poudre sur la carte électorale, Mme Rouleau ne croît pas pour autant que la métropole soit désavantagée au détriment des banlieues.

«Bien sûr que non, puisque tout le parti met une grande priorité à la métropole, répond-elle. Toute l’équipe est extrêmement dévouée.»

Elle a affirmé ne «pas se sentir seule du tout, plutôt très forte, et très fière de la confiance du premier ministre et je vais travailler très fort pour toujours faire reconnaître la grandeur de la métropole», avance-elle, avant de devoir se rendre d’un pas pressé à son tout premier conseil des ministres.

 

 

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