(Photo: Patrick Deschamps) René McCallum s’affaire à vendre les derniers costumes de Costumatours.
Dans la petite boutique encore encombrée, malgré un premier mois de liquidation, entre une robe charleston et un costume de panthère rose, un homme barbu s’affaire à vendre encore un peu d’émerveillement. Bientôt, le magasin que sa femme a pris 25 ans à construire, Costumatours, n’existera plus.

« En 2013, nous aimerions passer à autre chose », affirme René McCallum d’un ton résigné. Ce n’est pas l’arrivée récente d’un magasin à grande surface qui a tiré un trait sur le commerce du Vieux-Pointe-aux-Trembles, mais le décès de la costumière, Michèle Boily.

« Toutes ces années, elle a construit cet émerveillement, confie M. McCallum, d’une voix tremblante. Ce qu’on trouve malheureux, c’est que nous n’avons trouvé personne pour reprendre la boutique. »

Une histoire de plaisir

L’histoire commence au milieu des années 1980 par une activité d’art dramatique pour les jeunes de 4 à 21 ans, handicapés intellectuellement. Mme Boily était alors enseignante à l’école Jérome Royer (aujourd’hui l’école Tournesol, située près de l’École secondaire Pointe-aux-Trembles).

« Les jeunes inventaient eux-mêmes l’histoire, raconte M. McCallum. […] Au début, ils s’habillaient n’importe comment avec des morceaux qu’on trouvait, mais, un jour, elle s’est dit qu’il faudrait qu’ils soient mieux costumés. »

C’est ainsi que la première maille de Costumatours a été tissée. « Quand elle faisait un costume pour les petits, elle en faisait souvent un double pour un grand, puisque les plus jeunes devaient être “contrôlés” par un plus vieux sur la scène », explique son mari.

En 1989, Mme Boily a ouvert sa boutique sur la rue Forsyth, qui a rapidement déménagé sur la rue Notre-Dame, à son emplacement actuel. Elle possédait une formation de couturière, mais tenir une boutique de costumes demandait bien plus. Au cours des années, elle dut apprendre le métier et a développé ses habiletés de femmes d’affaires.

À cette époque, les antiquaires s’intéressaient peu aux vêtements, explique M. McCallum, les costumiers jouaient un rôle prépondérant dans la conservation des vêtements. Sur les cintres, les tablettes et les crochets de la boutique, plusieurs objets authentiques s’entassent. « Les gens lui disaient, “vous avez un respect du vêtement et des accessoires que l’on ne voit nulle part ailleurs”. » Ce qui a incité plusieurs personnes à lui confier des vêtements antiques.

L’artisane de Costumatours ne vendait pas que des costumes, mais aussi des idées et des informations, notamment pour que les habits d’époque soient cohérents.

En plus des fêtes costumées, des pères Noël, des soirées d’Halloween, etc. les costumes de Mme Boily ont également servi au cinéma, notamment dans Le Crime d’Ovide Plouffe, et dans les spectacles de variétés, dont les Mecs Comiques et, plus récemment, Chantons sous la pluie de René Simard.

Malgré la gestion de son entreprise, et qu’elle était clouée à un fauteuil roulant, Mme Boily n’a quitté l’enseignement qu’en 2000. Puis, en 2011, tout bascule lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’une leucémie de la moelle. En l’espace de quelques mois, la maladie s’attaque à son sang. Mme Boily s’éteint en juillet dernier, laissant à sa famille endeuillée le soin de liquider son œuvre.

Les derniers miles

Tranquillement, l’inventaire de la boutique descend. Les photos de quelques générations de Pointeliers costumés (preuve que le commerce était bien implanté dans le quartier) sont retirées du catalogue au même rythme. « Chaque costume a une histoire. Ce que Michèle faisait, c’était de leur donner une deuxième ou troisième vie », raconte M. McCallum.

Costumatours n’était que la vitrine du travail de Mme Boily. « Chez nous, nous avons tout un atelier de couture », ajoute M. McCallum. Une fois que l’inventaire sera liquidé, ce sera le tour des machines à coudre, des tissus et autres accessoire de passer à la moulinette. Quelques jeunes artisans couturiers ont déjà acquis des équipements, une finalité qui console M. McCallum.

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