Samantha Velandia/TC Media Joseph et Paul Versailles posent à côté de la plaque en bronze retrouvée au mois de janvier dernier.

Treize ans après avoir été volée, la plaque en bronze appartenant au monument funèbre du fondateur et premier maire de Montréal-Est, Joseph Versailles, a été retrouvée. Si la famille accepte, elle pourrait être éventuellement installée à un endroit de la ville afin de rendre hommage au fondateur, décédé en 1931.

La plaque, conçue par le très célèbre sculpteur, Alfred Laliberté, avait été volée à l’automne 2002, au cimetière Notre-Dame des Neiges.

«Mon père aimait beaucoup se recueillir au tombeau de notre grand-père, explique Paul Versailles, l’un des petits-fils du maire décédé. Il se doutait que la plaque allait peut-être disparaître car il avait vu qu’on avait essayé de l’arracher, et il nous l’avait raconté.»

Lorsque la famille avait appris le vol de la plaque, un rapport avait alors été soumis aux autorités, ainsi qu’à l’administration du cimetière.

«Nous avons fait ce que nous avons pu à l’époque, mais nous nous étions faits à l’idée que nous ne la reverrions plus jamais», raconte un autre petit-fils du fondateur, prénommé également, Joseph Versailles.

C’est pour cette raison qu’en 2008, la famille avait amassé des sommes afin de commissionner une réplique de la plaque en granit. Celle-ci a été réalisée par l’artiste québécoise, Pascale Archambault.

Un miracle
Nul ne pouvait se douter de l’appel que Paul Versailles recevrait, le 22 janvier dernier, lorsque des agents spécialisés en vol d’œuvres d’arts de la Sûreté du Québec, lui ont confirmé que la plaque avait été retrouvée et qu’elle était intacte.

Plaque Versailles«Je ne pouvais pas croire ce que j’entendais, raconte le petit-fils. Lorsque je l’ai vue, j’étais très ému. C’était comme si je venais de gagner à la loterie.»

Un sentiment partagé par son cousin à qui il a montré l’œuvre, quelques minutes après qu’elle soit retrouvée.

«Nous ne nous attendions pas du tout à la revoir, surtout, dans l’état dans laquelle elle se trouve, dit-il. Je suis encore étonné qu’elle ne soit pas plus endommagée que cela. Je pensais qu’elle avait été fondue à compter du moment où elle a été volée.»

La plaque a été retrouvée dans une ferme du village de Hemmingford, près de la frontière américaine avec l’état du New York.

«C’est le propriétaire du terrain qui l’a trouvé. Il venait d’acheter la ferme et une journée, en se promenant, il a remarqué plusieurs objets dans un marais de sa propriété. Il a appelé les autorités qui ont pu me retracer et c’est pour ça que nous l’avons maintenant.»

Patrimoine des Montréalestois
La plaque, évaluée à 2000 $, pourrait atteindre plus de 12 000 $ en ventes, en raison de sa valeur historique et patrimoniale.

«Après avoir consulté la famille, nous sommes tous arrivés à la conclusion, que nous aimerions la donner à la Ville de Montréal-Est, confie M. Versailles. Par contre, nous avons mis des conditions. Nous attendons que la ville nous soumette un projet qui serait digne de ce que la plaque représente.»

Pour sa part, le maire Robert Coutu a déjà des projets en tête pour la plaque qui, selon lui, arrive au «bon moment.»

«Cet été nous célébrons le 105e anniversaire de la ville, alors nous serons plus qu’honorés de recevoir cette plaque car nous connaissons sa valeur sentimentale et historique, dit-il. Ça fait déjà un petit moment que nous avons en tête le projet de souligner le travail des anciens élus de la ville, alors c’est peut-être un signe que nous devons le faire.»

Le maire qui ne sait pas encore exactement quel forme le projet prendra, parle de deux idées principales qui pourraient faire le bonheur de la famille.

«Pour le moment, il y a deux options. Soit l’installer à la salle du conseil où elle pourra être admirée par tous les citoyens, ou l’incorporer au socle du monument actuel qui se trouve au Parc de l’hôtel de ville [l’ancien parc René-Labrosse]. Dans tous les cas, nous allons nous assurer qu’elle sera protégée et qu’elle rendra hommage à l’homme qu’elle représente. Le fondateur de notre ville», conclut M. Coutu.

Qui était Joseph Versailles?
Né en 1881 dans le quartier Hochelaga, Joseph Versailles est l’aîné d’une famille modeste de Montréal. Une trentaine d’années plus tard, il devient le fondateur et premier maire de la ville de Montréal-Est, reconnue aujourd’hui pour être la quatrième ville industrielle du Canada.

Joseph Versailles, fondateur de la Ville de Montréal-Est.

Joseph Versailles, fondateur de la Ville de Montréal-Est.

«Lorsqu’il était dans la vingtaine, il avait une quincaillerie dans l’est de Montréal, raconte son petit-fils, Paul Versailles. Quelques années après, soit en 1908, il l’a vendue et il a fondé la maison de courtage Versailles, Vidricaire et Boulais.»

La société qui réussit bien dans le monde des affaires, se fait construire l’un des premiers gratte-ciel de Montréal, près de la Place d’Armes.

«Il a fait bâtir un immeuble de huit étages au 60, Saint-Jacques Ouest, raconte son petit-fils. À l’époque, le centre-ville de Montréal, était le centre-ville du Canada. Tous les grands investisseurs et financiers du pays étaient là. Mon grand-père a été l’un des premiers canadiens francophones à percer dans ce milieu.»

Concurremment, avec d’autres partenaires, M. Versailles fonde la Compagnie immobilière de Montréal-Est Limitée et achète dans Pointe-aux-Trembles 1 400 acres de terrain.

Influencé par le mouvement d’Ebenezer Howard et le modèle des cités-jardins, il rêve d’aménager une telle oasis sur ses terrains.

«Il avait le désir de faire de Montréal-Est une ville autonome et il a fait tout ce qu’il pouvait pour que son rêve devienne réalité», confie Paul Versailles.

Le fondateur a alors demandé une charte au gouvernement du Québec. Il invite Lomer Gouin, premier ministre du Québec, à Montréal-Est, où rien n’est ménagé pour le séduire.

Au moment de quitter, Lomer Gouin glisse à l’oreille de Joseph Versailles : «Tu vas l’avoir ta charte!». M. Versailles n’a pas encore 30 ans.

 

 

 

 

 

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