Isabelle Bergeron/TC Media Elle craint que sa fille disparaisse à nouveau, car elle fréquenterait des gens associés aux gangs de rue.

En fugue depuis une semaine, une adolescente hébergée dans un centre jeunesse de l’ouest de Montréal a été retrouvée saine et sauve à Laval. Bien que soulagée, sa mère craint une nouvelle disparition au cours des prochains jours, car sa fille fréquenterait depuis plusieurs mois des gens associés aux gangs de rue.

Jeanne [nom fictif], mère de la fugueuse de 15 ans originaire de Pointe-aux-Trembles (PAT), raconte que sa fille a été retrouvée dans un bloc appartement situé sur le boulevard des Laurentides, à Laval.

Elle a été retrouvée en compagnie d’un jeune homme, arrêté sur le champ pour entraves et bris de conditions, selon le Service de police de Laval.

«Je suis soulagée de savoir qu’ils l’ont retrouvée, mais je ne pense pas qu’elle va se tenir tranquille bien longtemps», confie la mère, angoissée.

Lundi 14 mars, l’adolescente devait revenir à son centre jeunesse situé à Pierrefonds après une permission de sortie pour la fin de semaine. Or, elle ne s’est jamais présentée.

«La veille de sa disparition, tout semblait bien aller. Nous avions prévu de dîner ensemble le lendemain», raconte Jeanne.

Pas la première fois
La mère de l’adolescente se dit toujours inquiète qu’elle «reparte», d’autant qu’elle aurait fait une quinzaine de fugues depuis l’âge de 13 ans.

«J’ai tout fait. J’ai essayé de la raisonner, j’ai essayé de la comprendre, de lui donner de l’affection, de l’attention, mais elle finissait toujours par repartir. Chaque fois j’ai réussi à la convaincre de retourner chez nous, ou au centre jeunesse, mais cette fois-ci je n’ai pas réussi.»

Le premier séjour de l’adolescente au centre jeunesse de Pierrefonds a eu lieu en 2014. Sa mère avait fait un premier placement volontaire de trois mois dans l’espoir de ramener sa fille «dans le droit chemin.»

Depuis, elle y multiplie les séjours et les fuites.

Vols, consommation et mauvaises fréquentations
La mère ne cache pas qu’elle a de la difficulté à contrôler sa fille lorsqu’elle se trouve chez elle.

«Elle faisait rentrer des gens chez nous en cachette. Je me suis fait voler des objets de valeur dont un iPad, mais la goutte qui a fait déborder le vase, c’est le vol de 1000 $ de ma carte de guichet qu’elle a donné à quelqu’un. Cette fois-ci je n’ai pas eu le choix d’appeler un intervenant pour qu’il vienne la chercher. Je ne savais plus quoi faire.»

Retournée au centre de jeunesse de Pierrefonds, l’adolescente a fait, selon sa mère, 11 fugues en deux mois, ce qui lui a valu un séjour de plusieurs semaines au Centre jeunesse de Laval.

«C’était difficile pour moi de la voir partir. C’était un peu comme aller dans une prison, il y a très peu de privilèges pour les jeunes qui sont là», indique Jeanne.

Un protocole à suivre
Bien qu’il ne puisse commenter un dossier précis, Martin Pelletier, intervenant au Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui chapeaute le centre jeunesse situé à Pierrefonds, explique que tous les jeunes sont pris en charge par des intervenants à la suite d’une fugue et qu’un protocole est en place afin de prévenir les récidives.

«Il y a un travail qui se fait, pendant et après une fugue avec le service de police, les parents et les organismes du milieu, dit-il. Nous travaillons avec le jeune afin de comprendre les raisons qui l’ont poussé à partir, nous essayons de combler ses besoins et surtout, d’être disponibles lorsqu’il revient.»

Il précise que tous les cas sont traités de façon différente en tenant compte des particularités de chaque jeune.

Le Service de police de la ville de Montréal n’a pas voulu commenter le dossier.

Fugues: un phénomène à prendre au sérieux

Au cours des deux dernières années, 6497 fugues ont été déclarées dans les 16 centres jeunesse du Québec.

Un phénomène qui doit être pris au sérieux selon Maria Mourani, criminologue et sociologue spécialisée dans les gangs de rue.

«Il y a du travail à faire dans quelques centres de jeunesse. Les jeunes ont de la difficulté à créer des liens de confiance parce qu’il y a beaucoup de roulement au niveau des intervenants. Les jeunes se sentent un peu comme des numéros. Il y a tellement de spécialistes qui ne sont que de passage que c’est comme si on ne se souciait pas d’eux», dit-elle.

Elle indique qu’afin de remédier à cette problématique, les centres jeunesse doivent s’inspirer des meilleures pratiques.

«Il y a des établissements qui ont une certaine expertise à ce niveau, alors pourquoi ne pas partager ces connaissances? Les adolescents sont tellement vulnérables qu’il faut tout faire pour les protéger, tout faire pour qu’ils ne veuillent pas partir», explique Mme Mourani.

Pas de hausse
Martin Pelletier, intervenant responsable du volet sexo-toxico et gangs de rue au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, précise que les cas de fugue ne sont pas en augmentation au Québec.

«On peut parler d’une petite hausse, rien de majeur. Je ne veux pas minimiser cette problématique, mais les gens peuvent avoir l’impression qu’il y a plus de fugues parce qu’elles ont été plus médiatisées cette année.»

Au total, le Ministère de Santé et Services sociaux a enregistré 77 cas de plus au cours des deux dernières années qu’en 2012-2013.

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