Romain Schué/TC Media Le rappeur Dramatik a grandi entre Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies.

Fondateur du groupe Muzion, qui a notamment collaboré avec Wyclef Jean, le rappeur Dramatik se souvient d’une enfance perturbée, passée dans les rues de Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies. Il espère que son exemple inspirera les plus jeunes.

La voix est tremblotante. Hésitante. Bruno Jocelyn cherche ses mots. Tâtonne. Soudain, le timbre devient fluide. Perçant. Dramatik entre en scène. En esquissant quelques airs poétiques pour résumer une vie d’abord parsemée d’embuches, entourloupes et déceptions, l’intéressé se métamorphose.

Bègue depuis une enfance guère tendre, qui l’a vu rapidement être séparé du foyer familial où régnaient violences conjugales «et d’autres soucis», avant d’être trimbalé entre centres et familles d’accueil, Bruno Jocelyn retrouve la voix, mais aussi le bonheur, la sérénité et l’apaisement lorsqu’il est question de musique.

«L’écriture m’a sauvé, c’était ma thérapie. Avant, j’aimais être dans la rue, avec des gens plus vieux que moi. C’était ma famille, celle qui me manquait. J’étais en manque d’amour. Mais le rap m’a sorti de la rue et a changé ma vie», révèle celui qui a fondé Muzion en 1996.

Dramatik

Une enfance jalonnée de «troubles de comportement»
Mais avant de collaborer avec le célèbre Wyclef Jean au début des années 2000 et de connaitre les chemins d’une réussite inattendue, Dramatik a galéré. Il a conservé un surnom musical pour ne jamais oublier «la vie un peu dramatique que j’ai connue», précise-t-il sobrement.

Âgé aujourd’hui de 41 ans, le chanteur aux inspirations diverses, de Michael Jackson pour ses pas de danse endiablés, à MC Solaar et ses textes percutants, en passant par le rythme de Stevie Wonder, Bruno Jocelyn veut à présent «transmettre». Transmettre son vécu, ses échecs, ses doutes, mais aussi sa confiance, son acharnement et sa volonté.

Alors qu’il multiplie les ateliers d’écriture et les interventions dans des écoles ou des centres jeunesse, le rappeur met en avant les délictueux et libérateurs bienfaits de la musique dans son histoire personnelle, jalonnée de «troubles de comportement», tel qu’il aime le répéter.

«Parler aux jeunes, c’est important et ce n’est pas en vain. Les milieux difficiles, je connais et moi, le rap m’a apporté quelque chose de positif, m’a permis de mettre des mots sur mes problèmes», témoigne celui qui a sorti sa plume aiguisée, un soir d’août 2008, alors que «Montréal-Nord était en feu».

L’Oubli pour évoquer Fredy
Sur les terres de son enfance, devant ce parc Henri-Bourassa où, adolescent, il optait pour d’interminables parties de basket au détriment d’une scolarité rapidement abandonnée malgré des tentatives avortées après seulement quelques mois sur les bancs de l’école Henri-Bourassa et de Jean-Grou, dans l’arrondissement voisin, Dramatik était Fredy. Fredy Villanueva.

Installé à Rivière-des-Prairies, avec sa conjointe et son enfant, Bruno voit alors son «berceau» s’embraser après le décès de cet adolescent de 18 ans, abattu par un policier.

«C’était un cancer qui rongeait le quartier. J’ai décidé de prendre un crayon, une feuille, et durant la nuit, j’ai écrit L’Oubli», ce texte à succès «qui parlent des élus qui ne tiennent pas leurs promesses», tête de gondole de son album solo, La Boîte noire, qui lui vaudra plusieurs nominations.

Un homme convaincu
Celui qui, durant l’enfance, rêvait d’être danseur et passait ses nuits dans un ancien club installé à Montréal-Nord a aujourd’hui bien changé. Serein, lucide, posé, Dramatik parle. Beaucoup. Et à tout le monde. De la musique, oui, mais aussi de la vie, du racisme, des problèmes de société et «du fossé entre les classes les plus aisées, le peuple et les jeunes qui se creuse».

Ces jeunes, de Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies et plus généralement des quartiers qu’on dit sensible ou défavorisé, sont désormais sa priorité. «Ils ont besoin d’encre et non de sang», souligne-t-il, avant de se lancer dans de nouveaux airs inspirants. Avec l’assurance d’un homme convaincu.


En conférence le 16 novembre à Montréal-Nord

Dramatik sera présent le 16 novembre au Salon de l’engagement citoyen de Montréal, qui se déroulera au Centre de loisirs de l’arrondissement de 13h30 à 19h. Pour cette deuxième édition, 45 organismes seront également de la partie et plusieurs conférences, tables rondes et ateliers seront organisés. «Nous voulons entendre les citoyens, savoir ce qu’ils veulent», assure Marie-France Turgeon, l’une des organisatrices du Centre d’action bénévole, qui prend en main cet événement et qui compte sur la présence de plusieurs établissements scolaires. L’entrée est gratuite.

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