Nicolas Ledain Lors des opérations d’excavation menées en juillet 2017, un plan d’une dizaine de mètres et une racine de 70cm ont été arrachés

Alors que Québec annonce consacrer 8 M$ à la lutte contre les espèces envahissantes, la renouée du Japon et le myriophylle à épi sont toujours bien présents dans Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles et font l’objet de haute surveillance de la part du comité ZIP Jacques-Cartier.

L’an dernier, deux sites de l’arrondissement avaient été identifiés comme « sites de contrôle » de la renouée du Japon, puisque considérés comme des milieux à risque de propagation de cette plante nocive. Sans compétiteur ni prédateur au Québec, où elle est arrivée il y a une centaine d’années, cette peste végétale s’est rapidement répandue sur le territoire et menace la biodiversité des milieux envahis.

Le Parc Clémentine-De La Rousselière, à Pointe-aux-Trembles, où une colonie  d’une superficie de 50 m² avait été localisée, et le Parc Ernest-Rouleau, à Rivière-des-Prairies, où se trouvaient deux colonies, dont l’une atteignait 120 m², avaient fait l’objet d’intenses opérations d’excavation des racines. Les sites ont ensuite été recouverts d’une toile géotextile, afin de limiter l’exposition au soleil et réduire la photosynthèse.

Un combat qui n’est pas gagné

« Les plantes sont revenues au printemps, explique Ariane Marchand, chargée de projet au ZIP Jacques-Cartier. Toutes les deux semaines, nous faisons le suivi des repousses dans ces deux sites, et nous allons continuer de le faire jusqu’en 2022 ».

Lors du suivi, les nouvelles repousses sont retirées, en arrachant le plus possible les racines. « L’étape du suivi, c’est vraiment de la rigueur, insiste Mme Marchand. Il ne faut pas laisser les tiges repousser; c’est essentiel à la réussite de la restauration du site. »

L’organisme procédera également à la plantation d’espèces indigènes, telles le sumac vinaigrier, le saule de l’intérieur, ou l’aulne rugueux, afin de faire compétition à la renouée du Japon et créer de l’ombrage.

En plus des zones où le Comité ZIP Jacques-Cartier intervient, « environ quatre » autres sites de l’arrondissement sont l’hôte de colonies de renouée japonaise, selon Diane Labrecque, chef de division, horticulture et parcs de Rivière-des-Prairies-Pointes-aux-Trembles. « Nous intervenons à ces endroits en coupant les tiges de renouée, une à deux fois par année, et en les disposant de façon à ne pas contaminer d’autres endroits. »

Un suivi, beaucoup moins fréquent que celui de l’organisme environnemental, qui « permet d’assurer le contrôle, mais n’est pas suffisant pour une éradication complète », selon Élise Mercure, responsable des communications au ZIP Jacques-Cartier.

Une autre menace

Aperçu pour la première fois au Québec dans les années 1960, le myriophylle à épi provient d’Eurasie et d’Afrique du Nord. Il attire de plus en plus l’attention vu sa grande vitesse de propagation. L’espèce qui pose problème se trouve à être un hybride entre l’espèce introduite et l’espèce indigène.

Ce nouvel arrivant aquatique forme des « colonies très denses » qui bloquent les rayons du soleil et l’oxygène de l’eau. « Il y en a dans le fleuve Saint-Laurent, affirme Ariane Marchand, mais il va surtout causer des dommages importants dans les petits lacs, des écosystèmes fermés ».  Elle invite toutefois à la prudence. « Cette plante, qui se trouve partout, est transportée par petits fragments, donc si les gens en ont sur leur remorque, ils peuvent la propager d’un endroit à l’autre. Et ça envahit et tue les lacs, les colonies sont très intenses. »

On estime à 180 les lacs québécois, dont deux à Montréal, qui sont aux prises avec l’envahisseur que l’on appelle « plante zombie. »

Le myriophylle à épi est une espèce visée dans le cadre du Projet St-Laurent, auquel collabore le ZIP Jacques-Cartier. « Nous allons donc noter la présence de cette plante, et transmettre les données au programme, assure Ariane Marchand. On va la voir sortir beaucoup plus d’ici la fin de l’été »

Un investissement attendu

Le 18 juillet, Québec a attribué une subvention totale de 6,25 M$ sur cinq ans à la Fondation de la faune du Québec, afin qu’elle mette sur pied et assume la gestion du Programme pour la lutte contre les plantes exotiques envahissantes.

« Les fonds serviront à soutenir des organismes qui mettent de l’avant des projets de lutte contre les plantes exotiques envahissantes », explique Annabelle Avery, responsable du nouveau programme de la Fondation de la Faune du Québec.

Les organismes tels les Comités ZIP pourront donc soumettre des projets pour lesquels ils souhaitent obtenir du financement.

« Nous aurons deux grands volets au Programme, l’un visant le contrôle de la plante et la restauration des sites, y compris des études d’avant-projet, même si l’on ne développera pas de nouvelles techniques, détaille Mme Avery. L’autre sera voué au transfert de connaissances, par la diffusion de connaissances techniques et pratiques. »

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) ajoutera 1,75 M$ pour l’acquisition de connaissances, et  élaborera des outils d’accompagnement pour les différents intervenants.

Les citoyens qui constatent la présence de toute espèce envahissante sont priés de le signaler à Sentinelle, l’outil de détection du MDDELCC, disponible en ligne ou sur application mobile.

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