Situé à proximité d’autoroutes et de zones industrielles, le parc-nature du Ruisseau De Montigny peine à attirer les visiteurs. Alors qu’un «plan concept» de mise en valeur a été adopté en 2011 par la Ville de Montréal, des organismes réclament plus d’investissements pour le développement de cet écoterritoire.

Le parc-nature du Ruisseau De Montigny ne manque pas d’atouts pour séduire les amoureux de nature. Garni d’arbres matures denses, il abrite un cours d’eau à ciel ouvert qui se transforme par endroits en cascades, les seules répertoriées sur l’île de Montréal. Du bassin d’Anjou à la rivière des Prairies, ce territoire est aussi le refuge d’une faune et d’une flore riches qui en font un point d’intérêt majeur. De plus, il comprend quatre îles face au boulevard Gouin qui ajoutent de la diversité à ce site d’exception.

Pourtant, malgré un réseau de sentiers aménagés et des aires de repos et de pique-nique, le Ruisseau De Montigny reste méconnu des Montréalais. Les développements urbains qui l’entourent limitent son attractivité. À la frontière des arrondissements de Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, cet écoterritoire est coincé entre l’autoroute 25, le Cegep Marie-Victorin, l’hôpital Rivière-des-Prairies et la zone industrielle d’Anjou. De plus, ses seuls accès signalés se trouvent sur les boulevards Henri-Bourassa et Maurice-Duplessis, deux axes routiers très fréquentés.

«Les points d’accès ne sont pas forcément les plus friendly, ça manque aussi d’éclairages, donc il est clair qu’il y a un enjeu de confiance et de sécurité pour la population», pense Nilson Zepeda, chargé de projet en environnement au Conseil régional de l’environnement (CRE).

Revitalisation
Cet organisme qui porte le projet ILEAU à Montréal plaide pour la création d’une trame verte et bleue qui relierait le fleuve Saint-Laurent à la rivière des Prairies. Le parc-nature du Ruisseau De Montigny en serait une étape incontournable.

«Ça a beau être protégé, il faut le mettre en valeur pour que les gens puissent se l’approprier, poursuit M. Zepeda. Il a une importance stratégique, car c’est un des rares cours d’eau en surface et c’est primordial parce qu’il va dans le sens nord-sud.»

Un plan-concept de mise en valeur de cet écoterritoire avait été présenté par la Ville de Montréal en 2011 avec une vision à dix ans. Quelques aménagements ont été réalisés dans la portion centrale, mais la fréquentation et les investissements demeurent insuffisants pour le CRE.

L’instance travaille présentement à l’élaboration d’une stratégie de revitalisation pour le rendre plus accessible. Les élus n’ont pas encore été consultés, mais les tables de quartier et le milieu communautaire des secteurs environnants ont déjà été rencontrés pour affiner la démarche. L’idée serait d’avoir une continuité de sentiers du bassin d’Anjou jusqu’au parc René-Masson dans RDP en profitant des attraits patrimoniaux du boulevard Gouin.

Des liens manquants
Dans la vision du plan-concept de la Ville de Montréal, la création de liens entre les différentes portions du parc-nature était un point central. Si des chemins vers le sud ont été développés, il en manque en revanche vers le nord, puisqu’il n’existe aucun sentier au-delà du boulevard Perras. De plus, le tracé principal est souvent en retrait de la rivière et des cascades, qui sont le point d’intérêt majeur de ce territoire.

Par ailleurs, la maison Émeril-Pépin, un édifice patrimonial du boulevard Gouin qui appartient à la Ville de Montréal, avait vocation à devenir le chalet d’accueil du parc-nature, mais celle-ci est fermée et inutilisée.

Interrogée, la Ville de Montréal n’a pas été en mesure de fournir des détails sur la création de ces liens et du chalet, mais assure que le plan adopté en 2011 est toujours en vigueur. Dans ce cadre, des travaux d’aménagement fauniques sont d’ailleurs en cours sous la responsabilité du gouvernement fédéral dans le secteur de l’île Lapierre. L’administration municipale attend que cette étape soit finalisée pour élaborer des plans et devis afin d’y créer un parc.

Le CRE déplore toutefois un manque d’actions de la part de la ville-centre.

«L’île Lapierre est à ma connaissance la seule action en cours pour consolider l’écoterritoire, mais ce sont tous les milieux naturels qui méritent une mise en valeur, lance Nilson Zepeda. Il y a un déficit de canopée dans l’est par rapport à l’ouest et un déficit d’investissements de la Ville de Montréal pour la préservation des espaces verts.»

Contactées, les mairesses de RDP-PAT et Montréal-Nord, Chantal Rouleau et Christine Black, se sont prononcées en faveur du développement du Ruisseau De Montigny dans le but d’en faire un pôle d’attractivité sur les berges de la rivière des Prairies.

Un parc-nature riche

Le Groupe uni des éducateurs-naturalistes et professionnels en environnement (GUEPE) a réalisé plusieurs visites de terrain dans les différentes portions du Ruisseau De Montigny, des lieux qualifiés d’«uniques» et «admirablement préservés». En plus de diverses espèces forestières d’intérêt, l’organisme a dénombré 62 espèces d’oiseaux, une dizaine d’espèces de mammifères, ainsi que la présence d’amphibiens et de reptiles à statut précaire, comme la couleuvre brune. Les îles font aussi de ce parc un lieu de reproduction de rats musqués, grands hérons, canards et poissons.

Les ornithologues peuvent y admirer aisément le Tyran tritri, un oiseau qui séjourne au Québec pendant la saison de nidification. GUEPE explique qu’il se perche à vue et est bruyant avec son chant court et répétitif qui se fait entendre fréquemment. Il porte le nom de tyran en raison de son agressivité dans la défense de son territoire.

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