Archives TC Media Les inscriptions à cette épicerie économique ont atteint des records cette année.

Pour la première fois depuis sa création, le Magasin-partage de Rivière-des-Prairies a dû refuser, dès le premier jour des inscriptions, près d’une quarantaine de citoyens. Du jamais vu.

«C’est la première fois que je vois autant de monde, aussi rapidement», soupire Monia Deslauriers, coordonnatrice de ce Magasin-partage, l’un des 17 sur l’île de Montréal, qui a été contrainte d’ouvrir deux salles d’attente, rapidement bondées, pour répondre aux besoins des citoyens.

Couples, familles nombreuses, personnes seules, monoparentales ou aînés, près d’une centaine de personnes avaient déjà franchi les portes du Centre communautaire de Rivière-des-Prairies lundi 15 novembre, avant midi, 2h à peine après l’ouverture des inscriptions de ce Magasin-Partage.

Un budget pour 115 familles
«Plus d’une dizaine attendaient déjà dehors depuis 8h30», souligne Monia Deslauriers, contrainte de stopper ces rencontres quelques heures plus tard, alors qu’une deuxième journée avait été annoncée.

Près de 35 personnes, toutes en situation de précarité, ont dû rebrousser chemin, avant que des dizaines de citoyens déçus ne fassent de même le lendemain, accueillis par une coordonnatrice qui a tenté, par tous les moyens, de satisfaire quelques demandes.

«Nous avons un budget pour 115 familles uniquement, on devait s’arrêter, mais voir ces gens venir, c’est difficile. J’ai pris malgré tout quelques inscriptions, mais il va falloir trouver une solution pour répartir les produits qu’on va proposer.»

On le pressentait, on n’est malheureusement pas étonné. La clientèle a changé, il n’y a pas seulement des gens sur l’aide sociale. Travailler n’est plus une garantie pour pouvoir se nourrir. À cette période de l’année habituellement, nos Magasins-partages sont remplis entre 30 et 50%. Cette année, on atteint déjà les 70% de remplissage sur l’ensemble de l’île.»
Nathalie Dupuis, coordonnatrice de Regroupement Partage Montréal

«Le visage de la pauvreté change»
Les personnes inscrites pourront bénéficier, le 21 décembre, d’une épicerie économique. Fruits, légumes, farines, pâtes, sucre, jus, fromages, yaourts ou encore shampoing et couches seront disponibles.

Seul 10% du montant des produits sélectionnés sera à payer, dans la limite de 85$. Une somme qui pourrait néanmoins légèrement baisser afin de permettre à toutes les personnes inscrites de pouvoir se servir.

«Ce qui m’inquiète, c’est que le visage de la pauvreté change, reprend Monia Deslauriers. On voit même un couple qui travaille, tout juste au-dessus du salaire minimum, mais avec trois enfants. Avoir 40 000$ pour vivre, c’est rien. Il y a aussi des situations de plus en plus dramatiques, tant de personnes qui ont besoin d’aide. Malheureusement on ne peut pas combler tous les besoins.»

«Le téléphone n’arrête plus de sonner»
Le Centre des femmes de Rivière-des-Prairies, qui envoie des dizaines de familles au Magasin-partage, n’est pas étonné par cette situation constatée tout au long de l’année. «On s’en rend compte aujourd’hui, car il y a des inscriptions, des données, mais cette pauvreté est toujours là, je la vois tout le temps. C’est une réalité récurrente», explique Isabelle Rivard, agente de mobilisation au sein de l’organisme.

Cette dernière assure que «le téléphone n’arrête plus de sonner» depuis la fin des inscriptions au Magasin-partage. «On essaye de trouver des alternatives, mais c’est très difficile. Les demandes ne cessent d’augmenter, même des familles au salaire minimum fréquentent à présent les cuisines populaires. On ne sait plus quoi faire.»

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