Sylvain Gagnon Photographer Le poète Michel Dachy au-dessus de son œuvre poétique. (Photo : pacophoto)
Lorsque le Prairivois Michel Dachy retourne dans sa Belgique natale, il passe par trois endroits symboliques pour lui : la mer du Nord, la Grand-Place de Bruxelles et le château de Godefroy de Bouillon. Le poète amateur consacre d’ailleurs son dixième recueil de sonnets au plat pays, en vitrine dans la bibliothèque des arts de l’UQAM, où il travaille.

Intitulé Ma Belgique, ce recueil se veut un hommage au pays qu’il a quitté en 1979. « Comme j’avais écrit plusieurs sonnets sur la Belgique, j’ai décidé d’en faire un recueil. […] Chaque page a un sonnet. Je dois en avoir 35, mentionne-t-il. Je pense qu’on ne peut pas être autrement que nostalgique quand on part d’un endroit où sont nos racines. »

Le recueil regroupe des sonnets écrits au fil des années. Le plus ancien qu’on y trouve sur la Belgique date de 1984, cinq ans après son arrivée au Canada. Cela exclut toutefois son premier poème écrit en 1979, qu’il a reproduit au début du recueil.

Intitulé « Éloge à maman », il ne concerne nullement la Belgique. C’est plutôt, comme son nom l’indique, un hommage à sa mère.

« Je me suis dit que si elle n’aime pas ça, j’arrête tout de suite [de faire de la poésie], se remémore-t-il. Elle a pleuré, alors j’ai continué. »

Éditer des sonnets : mission impossible

Ce poème, reçu avec sollicitude par sa mère, l’a encouragé à écrire davantage. À son arrivée au pays en 1979, où il a d’abord rejoint son frère en Alberta, il a continué à écrire.

Son premier recueil, Persévérance, a été publié en 1984 aux Éditions du Blé, une maison manitobaine qui se spécialise dans la littérature francophone canadienne hors Québec.

Installé au Québec depuis le milieu des années 1980, il n’a pas réussi à se faire publier jusqu’à aujourd’hui, son éditeur manitobain œuvrant uniquement auprès des auteurs hors de la province francophone.

Sauf que les éditeurs québécois lui ont catégoriquement refusé leurs services. « Tu as un éditeur qui m’a dit : “tu aurais dû vivre au 17e siècle” », raconte-t-il. La réaction était la même du côté des professeurs de littérature qui, au lieu de l’encourager dans son entreprise, moquaient ses goûts pour un style poétique dit « dépassé ».

Cela n’a cependant pas découragé d’écrire ce dessinateur industriel de formation. Il a d’ailleurs reçu un appui de taille de la part de l’écrivaine belge Marguerite Yourcenar, peu de temps avant sa mort. La première Académicienne—entendre de l’Académie française, et non pas de Star Académie—avait lu l’un de ses poèmes. « J’aime beaucoup vos sonnets », lui avait-elle répondu.

« Elle m’a dit : “le seul conseil que je peux vous donner, c’est lisez, lisez, lisez” », ajoute M. Dachy.

L’absence de reconnaissance des éditeurs n’a pas empêché celui qui s’est établi à Rivière-des-Prairies il y a 18 ans d’être remarqué par des spécialistes à l’étranger. « J’ai été publié dans deux ou trois dictionnaires et trois anthologies », se félicite-t-il.

Pour son dernier recueil, il est allé plus loin que ce qu’il a fait pour ses autres ouvrages qu’il avait lui-même reliés au service de reprographie de l’université.

« J’ai fait la demande pour un numéro ISBN, indique-t-il. Tout simplement, je me suis dit que si les éditeurs ne veulent pas accepter, ça va être la seule solution de se publier. »

Modestes, les éditions Michel Dachy vont d’abord lui servir de tremplin pour Ma Belgique. Il pourra ensuite publier ses précédents recueils. Ne bénéficiant pas d’un réseau de distribution institutionnel, il devra toutefois compter sur ses propres contacts, qui se limitent pour l’instant à son entourage personnel et professionnel.

Ceux qui sont intéressés par l’œuvre de M. Dachy n’ont plus que quelques jours pour visiter Mémentos belges, à la bibliothèque des arts de l’UQAM, qui se termine le 30 mars.

Qu’est-ce que le sonnet?

Le poète belgo-prairivois Michel Dachy a environ 700 sonnets à son actif. « Au départ, c’était compliqué, admet-il. Il y a beaucoup de règles de prosodie à respecter. Mais si on s’en donne la peine, ça vaut le coup. »

Selon lui, si les gens se donnaient la peine de redécouvrir cet art « lyrique », cela leur permettrait de replonger plus facilement dans la littérature classique.

Mais qu’est-ce donc, finalement, que le sonnet? Il s’agit d’un poème de 14 vers (lignes) divisé en deux quatrains (paragraphes de quatre lignes) et en deux tercets (paragraphes de trois lignes). M. Dachy compose seulement des alexandrins (des lignes de 12 syllabes, ou pieds, comme on dit en poésie). Les deux quatrains offrent deux rimes différentes et les deux tercets trois rimes.

Aussi dans Actualités :

blog comments powered by Disqus