Josie Desmarais Mission remplie pour la collecte d'ingrédients, mais échec majeur pour la cuisson!

L’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie est-il bien devenu le leader montréalais de l’agriculture urbaine? Pour le vérifier, nous nous sommes lancé un défi: réaliser un brunch où tous les ingrédients doivent avoir été cultivés dans Rosemont et de façon alternative. Pour réaliser ce défi, nos fournisseurs sont: un poulailler urbain, une ferme installée dans deux conteneurs, des trottoirs cultivés par les citoyens et un frigo communautaire en libre-service. Pour couronner le tout, on va cuire le brunch sur le fumier des brebis installées au parc du Pélican. Oui ça chauffe du fumier (du moins on l’espère!)

D’abord, les œufs. Même s’ils se comptent par dizaines, la plupart des poulaillers montréalais sont hors la loi. Seuls quelques organismes comme la Maisonnette des Parents ont l’autorisation d’avoir des poules. «Depuis 5 ans ont permet aux familles de venir prendre des œufs s’ils entretiennent le poulailler trois fois par jour durant la fin de semaine», explique Stéphane Lavoie, animateur dans cet organisme de la Petite-Italie qui vient en aide aux familles démunies. Allons-y pour l’entretien alors.

On repart avec deux œufs pondus par des poules Chanteclerc, une race centenaire créée par des moines d’Oka, mais dont il resterait à peine 1500 spécimens. «Comme elle pond moins et qu’elle donne de la moins bonne chair, la Chanteclerc est délaissée par l’industrie. Par contre, c’est une poule très sociable donc parfaite pour l’éducation aux enfants», explique l’animateur qui a pris soin d’avoir des poules blanches et des brunes. «Ça permet d’aborder la question du racisme en montrant que même si elles ont une couleur différente, les poules pondent des oeufs de même couleur».

Ensuite, les fruits. À cinq minutes de marche, proche du marché Jean-Talon, il y a les Jardins du marché, un terrain vacant sur lequel des citoyens ont installé une douzaine de bacs avec des plants en libre-service. On y trouve des cerises de terre qui feront une merveilleuse compote avec les framboises de ruelle récupérées deux minutes plus tôt et le miel issu des ruches du Technopôle Angus.

Défi brunch hyperlocal

Puis, le breuvage. Il suffit de quelques mètres pour rejoindre les deux conteneurs empilés d’ÉAU (Écosystème alimentaires urbains). Au rez-de-chaussée, 490 tilapias nagent dans des bassins de pisciculture dont l’eau est pompée et amenée à l’étage pour irriguer les plants de fruits et légumes. Ces derniers filtrent l’eau, qui est ensuite retournée aux poissons. Ce cycle dure depuis huit semaines déjà et se poursuivra jusqu’à la mi-octobre, pour le bonheur des passants et des jeunes entrepreneurs. «L’aquaponie permet notamment d’accélérer la vitesse de croissance des laitues de 30% et notre installation étagée permet de multiplier par trois la production par pied carré», affirme Émile Vadboncoeur, qui gère la ferme verticale aquaponique de la Place Shamrock.

D’ici le mois d’octobre, les tilapias seront assez grands pour être consommés. Comme il y a actuellement une rotation de cultures, une portion des plantes ne sont actuellement que de petites pousses. Les végétaux matures restants doivent donc rester sur place afin d’assurer une bonne filtration de l’eau des poissons. Impossible, alors, de repartir avec de trop grosses quantités aujourd’hui. On se contente donc de kale, de mélisse et de camomille, qui feront une superbe infusion pour le brunch.

Pas de brunch sans toast! Pas de problème, on file au Fridge, un frigo communautaire en libre-service installé dans le parc Montcalm. Là-bas, au moins trois dizaines de baguettes, invendues ailleurs, attendent de trouver preneur. «On donne de la nourriture à environ 70 personnes par semaine, dont la moitié sont des réguliers. Ça permet de lutter contre le gaspillage et de lutter contre l’insécurité alimentaire», raconte Henri-Charles Baudot, agent de la mobilisation au Regroupement des tables de concertation de la Petite-Patrie. Pour le brunch, on jette notre dévolu sur un petit pain de type portugais qui fera tout à fait l’affaire, même s’il la fraicheur n’est plus sa principale qualité.

Pour la cuisson, direction le parc du Pélican qui héberge une demi-douzaine de moutons chargés de tondre la pelouse et d’égayer la population. Le projet Biquette à Montréal, est dans son dernier droit et les deux bergères sont enthousiastes. «En un mois, on a dû recevoir plus de 7000 visiteurs. L’accueil a été extraordinaire, au point où on a trois arrondissements intéressés pour l’année prochaine», confie Marie-Ève Julien Denis. Durant la présence des moutons, la portion Sud du parc n’a jamais été tondue, ce qui a fait économiser le coût de deux tontes à l’arrondissement. Les crottes de moutons, elles, sont compostées.

Or un bon compost peut atteindre les 70ºC, l’idéal pour cuire les œufs. Avec un tuyau d’évacuation d’air de sécheuse, on s’est fabriqué une poêle en aluminium qui devait faire l’affaire, mais qui fut… un échec cuisant (sans mauvais jeu de mots)! «Après 30 minutes, l’œuf n’avait absolument pas cuit,! Par contre, l’infusion et la compote de fruits étaient extraordinaires», de souligner le journaliste Mathias Marchal, en s’autocitant dans son propre article, afin de conclure son reportage sur une pirouette.

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