Emmanuel Delacour/TC Media Le Bamboo Spa est un mauvais voisin selon les résidents.

Des employées d’un salon de massage érotique souillent l’espace communautaire d’une ruelle verte de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, déplorent des résidents du secteur.

En 2015, une dizaine de citoyens résidant près de la ruelle située entre les rues Chabot et de Bordeaux, près du boulevard Rosemont, se sont rassemblés pour verdir leur quartier.

Mais ces efforts semblent avoir été en vain, puisqu’au lieu d’améliorer la qualité de vie du voisinage, les platebandes ont été transformées en dépotoir à ciel ouvert. Pis encore, les citoyens disent se faire narguer par des femmes, qui s’exhibent parfois sous leurs yeux.

Le mauvais voisin à la source de tous ces désagréments: le Bamboo Spa, un salon de massage érotique dont une des portes donne sur ladite ruelle.

«On constate qu’il n’y a pas de désir de cohabitation. On a tenté de parler au propriétaire, sans résultat. Même s’il y avait des directives données aux filles pour qu’elles cessent de consommer de la drogue et de flâner dans la ruelle, cela ne servirait à rien, car il y en a toujours des nouvelles qui recommencent», affirme un citoyen qui préfère ne pas être identifié.

Après avoir déposé des plaintes au Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) et à l’arrondissement de Rosemont – La Petite-Patrie, la situation paraissait sans issue pour les citoyens, jusqu’à ce que les agents de la paix interviennent.

«Nous faisons de la visibilité avec des policiers en patrouille et nous avons remis des constats d’infraction dans les cas de déchets qui traînent. Notre objectif est de ramener un sentiment de sécurité dans la ruelle», souligne Samaki-Éric Soumpholphakdy, commandant du SPVM au poste de quartier 35.

Un phénomène difficile à combattre
Si l’intervention des policiers prévient temporairement la présence inopinée des travailleuses du salon de massage érotique sur la voie publique, elle ne règle pas le problème à sa source, selon les citoyens.

En effet, une autre résidente se dit inquiète du fait qu’un salon de massage érotique se trouve dans un quartier résidentiel, à proximité d’une école et de garderies.

Le SPVM peut intervenir pour faire clore les lieux de vente de services sexuels, mais ce genre d’action est très complexe, affirme le commandant Soumpholphakdy.

«Cela requiert le travail d’équipes d’enquête, qui sont dépêchées lorsqu’il y a des plaintes, des signalements ou des informations qui tiennent à des activités criminelles», explique l’agent de la paix.

L’arrondissement, qui dispense des permis d’occupation commerciaux, possède aussi un certain pouvoir sur ces établissements. Toutefois, les responsables de Rosemont – La Petite-Patrie semblent avoir les mains liées dans ce cas précis.

«Nous pouvons retirer le permis si nous constatons des activités non conformes à ce que le document prescrit. Toutefois, nos inspecteurs d’arrondissement ne peuvent pas faire des constats d’activités criminelles, c’est le travail de la police», insiste Serge Fortin, responsable des communications de Rosemont – La Petite-Patrie.

Le phénomène est par ailleurs bien implanté dans Rosemont – La Petite-Patrie, car il s’agit du deuxième arrondissement où l’on trouve le plus de lieux reliés à l’industrie du sexe sur l’île de Montréal, après Ville-Marie, selon les données collectées en 2014 par à la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES).

Manque de collaboration entre les autorités?

Selon Maria Mourani, juriste et ex-députée d’Ahuntsic, le nœud du problème vient du manque de communication entre les arrondissements et le SPVM.

«Lorsqu’un salon de massage érotique ferme dans un arrondissement, il rouvre dans un autre. Si la police et les arrondissements se parlaient, ils pourraient voir qu’un propriétaire tente d’ouvrir un nouvel établissement ailleurs. Mais les arrondissements ne regardent même pas si la personne a un casier judiciaire», constate Mme Mourani.

Même après l’attribution d’un permis, l’arrondissement pourrait constater que les services offerts ne correspondent pas à de la massothérapie et aurait le pouvoir de faire fermer le salon délinquant, indique la juriste.

Pour sa part, Éliane Legault-Roy, responsable des communications de la CLES, souligne que le SPVM pourrait aussi utiliser la méthode du « John sting », c’est-à-dire faire passer des policiers pour des clients, afin d’infiltrer et de faire fermer les salons.

Selon le «Portrait de l’industrie du sexe au Québec» élaboré par la CLES, près de 75% des lieux reliés à l’industrie du sexe sur l’île de Montréal sont constitués par des salons de massage, suivis par 7,5% d’endroits qui tombent dans la catégorie des bars de danseuses.

Aussi dans Actualités :

blog comments powered by Disqus