Alors que Montréal s’apprête à accueillir le premier congrès international d’entomophagie en Amérique du Nord, une question se pose : Y a-t-il un marché pour « l’industrie de la bébitte »? Oui, estiment Anne Charpentier, directrice de l’Insectarium de Montréal et Aruna Antonella Handa (Ph. D.), fondatrice de Alimentary Initiatives.

« On voit déjà des petites entreprises intéressées par ce sujet-là. Je ne crois pas nécessairement qu’on va retrouver des insectes sur les tablettes des épiceries d’ici cinq ans, mais c’est une vague de fond qui commence », soutient Mme Charpentier, en soulignant du même coup la publication d’un premier rapport sur l’entomophagie par l’Organisation des Nations Unies, au printemps dernier.

Mme Handa, l’une des organisatrice du congrès mentionne que ce n’est pas un hasard si l’événement se déroule dans la métropole québécoise.

« Non seulement on y retrouve un insectarium, Montréal est aussi une ville gastronomique qui est reconnue pour sa cuisine.

« Lors de la tenu d’une conférence à Toronto, j’ai eu beaucoup de demandes de la part de chefs et de restaurateurs, notamment des propriétaires de camions de bouffe de rue, pour acheter des insectes, car ils voulaient les mettre au menu », fait-elle valoir, estimant que Montréal pourrait être intéressée à emboîter le pas.

Or, pour l’instant, c’est impossible, faute d’avoir des insectes salubres à la consommation en quantité suffisante. Il existe un producteur au Texas, mais il est compliqué d’importer ses produits au Canada, pour des questions de conservation et de douanes.

« Il y a des personnes ici qui veulent faire de tels produits. J’ai un rendez-vous avec deux producteurs en Ontario, la semaine prochaine », annonce Mme Handa.

En attendant que l’industrie de l’entomophagie se développe à plus grande échelle, les gourmands pourront satisfaire leur curiosité et leur appétit au nouveau bistro de l’Insectarium de Montréal, dès 2017.

« On a déjà plusieurs idées. On songe à faire un bar à tapas, où on pourrait voir le chef à l’œuvre. Une facon d’intégrer les insectes avec divers degrés d’acceptabilité, que ce soit par l’utilisation de produits transformés (farine) ou avec des spécimens entiers. On veut que ce soit un vrai restaurant, pas juste un endroit où les gens viennent manger par défi.

« À même le bistro, on aimerait aussi montrer aux gens qu’ils peuvent avoir leur propre petite ferme d’insectes, un peu comme certains font pousser des fines herbes sur leur balcon », conclut Mme Charpentier.

 

 

 

À quand des sauterrelles sur les tablettes des épiceries?

Le Journal de Rosemont a effectué un « sondage maison » auprès de quelques commerçants du quartier à savoir s’ils seraient intéressés à vendre des produits alimentaires à base d’insectes.

Toutes les personnes sondées ont répondues qu’en ce moment, elles n’avaient pas de demandes de la clientèle pour de tels produits. Le cas échéant, elles envisageraient probablement de les ajouter à leur inventaire.

« Je n’ai aucun client qui m’a demandé des produits à base d’insects. Mais ça ne m’étonnerait pas que ça s’en vienne », a indiqué Marianne Hamel, gérante de l’épicerie Alfalfa International (7070 rue Henri-Julien, 514 272-0683).

« En ce moment, la mode est au végétarisme. Je n’ai jamais entendu parlé de produits à base d’insectes. Je crois que ça risque d’être plus populaire en Asie, qu’au Canada. Quoique le marché évolue, il faut voir si ça accroche auprès des jeunes », a répondu Jiango Zhao, propriétaire de la boutique Tournesol (1251 rue Beaubien Est, 514 274-3629).

« Au premier abord comme ça, je n’ai pas d’intérêt, car je n’ai pas de demandes de la part de ma clientèle. Par contre, je ne suis pas fermée à l’idée. Ça dépend du produit, de sa présentation, de son goût et de sa durée de vie sur les tablettes. Je crois qu’il y a des gens qui pourraient être intéressés », a laissé savoir Isabelle Drouin, copropriétaire du Marché des saveurs (280, Place du Marché-du-Nord, 514 271-3811)

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