ONF Le réalisateur Patrick Bouchard a réalisé le court-métrage « Bydlo », présenté en ouverture du festival Fantasia, le 19 juillet.
Pas facile l’animation de type image par image (stop motion). Encore moins quand on le fait avec une matière qu’on ne connaît pas, comme la plastiline. Ajoutez à cette double difficulté un cadre scénarisé délimiter par cette envie de raconter une allégorie de l’humanité courant à sa perte, et ce, en s’inspirant de la musique du compositeur russe Modeste Moussorgski, mort en 1881. Voilà comment est né « l’infernal » court-métrage Bydlo, de Patrick Bouchard. Une œuvre qui aura l’honneur d’ouvrir le festival Fantasia, le 19 juillet.

Il l’avoue d’amblée : il y a eu des moments de découragement dans le travail entourant la conception de son court-métrage d’animation. « Préparer l’histoire, le « story-board », tout ça… Ça va. Mais quand est venu le temps de mettre les personnages en scène dans le film, c’est devenu infernal. C’était la première fois que je travaillais avec de la plastiline (une pâte à modeler de précision 100% prête à l’emploi et 100% réutilisable) et je me suis rendu compte que c’est une matière qui craque et se déchire avec les éclairages… Oui, il y a eu des moments de découragement. Mais bon, en même temps, quand on investit deux ans de notre vie sur un film de huit minutes, il faut y croire et persévérer. Et de toute façon, j’aime tellement l’animation, ce n’est pas une charge dans ma vie, c’est un plaisir. »

Le projet Bydlo est né il y a fort longtemps dans l’esprit du réalisateur. « Je suis entré en contact avec la musique de Modeste Moussorgski au secondaire, dans un cours de musique. Quand j’ai entendu le segment « Bydlo », tiré de son oeuvre Tableaux d’une exposition, je pouvais déjà m’imaginer ce gros bœuf prisonnier de son joug, tirant sa charrette, lentement, lourdement. Pour moi, la musique de Moussorgski est tellement visuelle. Par contre, à cette époque, je ne voyais pas et ne cherchais certainement pas à faire un film avec ça. C’est survenu beaucoup plus tard », souligne celui qui réside Rosemont.

Avant de pouvoir concrétiser cette vision, il lui d’abord fait ses classes en animation. Un premier film de marionnettes (Jean Leviériste) en 1998. Puis un deuxième (Les ramoneurs cérébraux), à l’Office National du Film (ONF) du Canada, qui lui vaut le Jutra du court-métrage d’animation en 2002. Un troisième (Dehors Novembre) en 2005, inspiré par une chanson des Colocs, qui lui donne encore un Jutra. Finalement, Révérence, en 2007, où il décrit une société condamnée par l’égoïsme des bourgeois et la bête passive de leurs serviteurs.

Le chemin professionnel tracé, les techniques d’animation acquises et les idées de scénario se précisant, il offre aujourd’hui ce Bydlo, histoire d’un troupeau composé d’humains où la bête n’est pas nécessairement le bœuf qui tire la charrette. Dérangeante vision de la cupidité et de l’autodestruction des humains.

« Il n’y a pas de morale ou de message dans mon film, se défend M. Bouchard. On y voit plutôt des craintes, des peurs que l’on porte en nous concernant les travers de l’humain et de ses impacts sur l’avenir de la planète. C’est ce que je voulais montrer, tout en animant, enfin, la pièce de Moussorgski. Cette oeuvre musicale, ce poème symphonique, est le moteur de mon inspiration. »

- Il est possible de voir l’ensemble des réalisations de Patrick Bouchard sur le site de l’ONF : www.onf.ca.

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