Dans le bourdonnement des abeilles qui parvient presque à masquer le bruit des avions de l’aéroport Montréal-Trudeau tout à côté, quelques hommes s’affairent. Ces usagers de l’Accueil Bonneau arrivent à oublier, l’espace de quelques heures, leurs défis quotidiens. Ils sont apprentis apiculteurs au tout nouveau rucher d’Air Transat, à Saint-Laurent.

La compagnie aérienne basée sur le boulevard de la Côte-Vertu souhaitait installer des ruches sur son terrain depuis longtemps. La combinaison avec un volet social pour venir en aide à des sans-abris a permis de concrétiser le projet cet été. «En plus, il y a un parallèle. Les abeilles volent comme les avions», indique, amusé, le directeur principal Environnement et amélioration des affaires, Keith Lawless.

Air Transat s’est naturellement associée à l’Accueil Bonneau, étant déjà un donateur depuis quatre ans.

Changer d’air
Les usagers de l’organisme, qui accompagne les personnes en situation ou à risque d’itinérance, viennent toutes les deux semaines prendre soin des huit ruches installées au milieu d’une prairie fleurie.

«Ça me permet de sortir et de respirer le grand air, raconte Tim Nguyen, qui en est à sa deuxième saison sur les ruches. On ne fait jamais la même chose.»

Le matin du 18 juillet, celui qui est passé par plusieurs refuges avant d’obtenir un logement à l’Accueil Bonneau s’active à trouver la reine. Alors que la ruche a grandi et atteint maintenant trois étages, il souhaite la placer en bas afin d’ajouter par-dessus des hausses dédiées à la production de miel par les ouvrières.

Pour réaliser ces tâches, il est épaulé par les professionnels d’Alvéole, une entreprise d’éducation à l’apiculture.

«Ils mettent directement nos conseils en pratique, explique l’apicultrice Virginie Tardif. Ils ne finissent jamais d’apprendre, car chaque nouvelle situation est l’occasion d’expliquer ce qui se passe.»

Thérapeutique
Une quarantaine de «gars» ont ainsi été initiés à l’apiculture urbaine depuis 2014. Après s’être installé sur de nombreux toits du Grand Montréal, l’Accueil Bonneau a regroupé ses 60 ruches dans sept emplacements afin de faciliter la logistique.

Ils sont par la même occasion sensibilisés au déclin mondial des populations d’abeilles et à la biodiversité.

«Ma motivation initiale à participer à ce projet remonte à ma petite enfance, rapporte John Levasseur. Je me souviens avoir gaffé en écrasant des abeilles.»

Il fréquente l’organisme du Vieux-Montréal depuis plusieurs années, alors que son travail à temps partiel ne lui permettait pas de joindre les deux bouts.

«Le bourdonnement a aussi quelque chose de thérapeutique», ajoute-t-il. S’occuper des abeilles est effectivement l’occasion de ralentir et de s’adapter à leur rythme.

Rendu à sa deuxième année sur les ruches, M. Levasseur a une passion contagieuse pour l’apiculture, comme les autres participants qui n’hésitent pas à expliquer tous les détails de la production de miel.

«Peut-être qu’un des gars deviendra apiculteur un jour, espère la directrice des communications de l’Accueil Bonneau, Geneviève Kieffer Després. D’ici là, ils créent des liens de confiance et il y a une belle complicité avec notre partenaire Alvéole.»

Le Miel de Bonneau est également l’occasion de développer leurs habiletés professionnelles, comme le travail d’équipe, la vente et le marketing. Une fois empoté, le miel non pasteurisé et extrait à froid est vendu dans les épiceries Métro et d’autres points de vente.

En octobre se tiendra pour la première fois le Mois du Miel de Bonneau durant lequel des artisans réaliseront des créations culinaires à partir des produits des ruches.

Plus d’infos: accueilbonneau.com/mieldebonneau/

50 000
Une ruche mature abrite 50 000 abeilles, principalement des ouvrières (femelles) qui butinent, nourrissent les larves, entretiennent la ruche et produisent le miel. Les quelque 200 faux bourdons (mâles) fécondent la reine avant de mourir.1 200
L’Accueil Bonneau espère produire 1 200 kg de miel cette année grâce ses 60 ruches, dont huit sont à Saint-Laurent.

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