Patrick Sicotte/TC Media Le chemin de la vie est différent pour les déficients visuels, selon Antoine Hoang, 16 ans. Accoudé sur le piano de sa mère, à Saint-Laurent, il raconte comment il s'adapte, à l'école et ailleurs.

Né prématurément, le jeune Antoine est privé de la vue. Il y a une dizaine d’années, il avait fait l’objet d’un documentaire qui parlait de la façon dont il développait son imagination. Aujourd’hui âgé de 16 ans, Antoine Hoang raconte comment sa vie suit son cours dans une rencontre à sa résidence de Saint-Laurent.

«Je suis déficient visuel dans une école régulière. Cela ne représente pas de défis en soi, mais de l’adaptation», explique celui qui termine son secondaire à Jeanne-Mance, sur le Plateau-Mont-Royal.

Le Laurentien a eu un décollement de la rétine quelques mois après sa naissance, ce qui l’a laissé sans vision. Il a effectué sa scolarité à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) pour les ressources disponibles qui répondent à ses besoins.

À l’époque du film, il était à l’école Saint-Enfant-Jésus, qui offre des services spécialisés aux élèves vivant avec un handicap auditif ou visuel. On l’y découvre, à 5 ans, notamment à apprendre le braille en plaçant des chevilles sur une cellule.

Il utilise aujourd’hui un ordinateur à l’école avec un logiciel lui permettant notamment de lire les textes. Les manuels sont traduits en braille. «Ils ne sont pas toujours transcrits par des personnes qui connaissent la discipline», regrette cependant Antoine, qui réussit bien académiquement malgré tout.

«Tout doit être adapté: les dessins, les figures, etc. S’il y a un dessin de voiture, il n’y a pas d’association visuelle pour moi. Les tableaux peuvent être longs s’ils ont plusieurs colonnes et lignes», explique-t-il.

Immersion
Selon Antoine, l’accessibilité reste un privilège. Il a pu le constater lors d’un camp organisé cet été par INCA, un organisme qui aide les Canadiens aveugles. Réuni avec des jeunes d’autres régions du Canada et plusieurs venants du Québec, il a pu discuter de leurs services, qui ne sont pas uniformes, «en bien comme en mal».

Ce camp d’immersion situé en Ontario était d’ailleurs une première pour lui. Il a eu l’occasion d’améliorer ses connaissances linguistiques grâce aux cours d’anglais et d’activités de plein air au Centre Lake Joseph.

«J’avais de bonnes bases en anglais, mais c’est un saut à faire, car nous sommes jetés dans un milieu inconnu, avec une langue qu’on ne maîtrise pas forcément», précise-t-il, avec une maturité étonnante pour son âge.

De son séjour dans la région de Muskoka, il retient l’ambiance et le côté social, avec les amitiés qu’il a pu nouer. «Comme le centre appartient à INCA, tout est pensé pour les déficients visuels, il y a du braille partout. Pour une fois, l’adaptation ne nous préoccupait pas», souligne-t-il.

Réalisations
Dans le documentaire Antoine de Laura Bari, sorti en 2008 et récipiendaire de nombreux prix, il s’était vu confier une partie de la création sonore de l’œuvre, en captant les sons qui l’entouraient avec son micro mini-boom.

À 13 ans, il a participé à l’émission La nature selon Boucar pour parler de l’apport de la diversité. Plus récemment, il a effectué un stage en communication et journalisme à AMI-télé, une nouvelle chaîne généraliste qui diffuse en audiodescription pour les personnes malvoyantes.

«La déficience visuelle est un travail sur soi. Ce n’est pas négatif. Est-ce positif? On peut en tirer quelque chose», philosophe le jeune homme à la voix radiophonique.

Bande-annonce du film documentaire Antoine, de Laura Bari (2008):

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