Isabelle Bergeron/TC Media Rudy Moujabber et Georges Hadchiti se relaient 24 heures sur 24 pour prendre soin du fils de 5 ans de ce dernier, blessé dans l'accident qui a coûté la vie à sa mère.

Deux mois après l’accident qui a coûté la vie à une mère de 44 ans dans le stationnement du Village Montpellier, à Saint-Laurent, le gouvernement et la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) sont pressés d’agir pour prévenir ce genre de drames. Bouleversée, sa famille souhaite que l’aide accordée aux proches des victimes ainsi que l’octroi des permis aux aînés soient revus.

«C’est difficile à avaler que le permis de quelqu’un qui est coupable pour l’accident, qui a avoué avoir accéléré, lui soit remis et qu’il puisse reprendre la route le même jour sans être réévalué», soutient un membre de la famille qui souhaite demeurer anonyme.

Le 4 février, un conducteur de 91 ans a heurté Brigitte Mouralian et son fils alors qu’ils regagnaient leur voiture dans le stationnement du centre commercial au coin du boulevard Côte-Vertu. L’enquête suit son cours pour déterminer les causes exactes de l’accident.

L’enfant de 5 ans est toujours en réadaptation à l’hôpital. Son père, qui est à son chevet, ne comprend pas non plus l’absence de conséquence pour l’automobiliste. «Le monsieur est parti à la maison et moi, je dors à l’hôpital depuis deux mois», confie Georges Hadchiti.

Il est temps, selon eux, de revisiter les lois et que la SAAQ prenne ses responsabilités face au contrôle des permis octroyés aux aînés.

«On ne peut pas ramener ma femme, la mère de mes enfants. Mais pour la population et les autres familles qui peuvent se retrouver dans la même situation, il doit y avoir des règlements qui sont beaucoup plus serrés pour les gens rendus à un certain âge. On ne peut pas laisser n’importe qui au volant d’un véhicule», indique M. Hadchiti, dont les parents ne conduisent plus.

Au quotidien

M. Hadchiti, un chanteur connu dans la communauté libanaise, a dû arrêter de travailler, comme son gérant, Rudy Moujabber. Les deux hommes se relaient aux 12 heures pour s’occuper du jeune garçon, qui a besoin d’une surveillance constante.

«Ma fille de 9 ans est aussi traumatisée, elle a besoin d’un psychologue. Les deux font des crises, demandent leur mère la nuit», raconte M. Hadchiti.

En plus d’être des proches aidants, ils trouvent ardu d’avoir à justifier chaque demande à la SAAQ pour le garçon. Ils reprochent également à la société d’État de ne pas en fournir pour sa soeur, qui a aussi perdu sa mère.

«On doit les supplier d’avoir de l’aide, en plus d’avoir toutes les autres démarches à faire. On est complètement délaissé, un pied dans l’hôpital, un pied en train de remplir les formulaires», souligne M. Hadchiti.

Il n’en peut plus d’entendre les mêmes questions ou les «Comment on peut vous aider» alors qu’il s’agit seulement de remplir des papiers.

«On est fatigué et désespéré», se plaint la famille. La lourdeur administrative et l’injustice qu’ils ressentent face au manque de conséquences vis-à-vis du conducteur ne font qu’ajouter à leur peine.

«Il n’a pas détruit qu’une famille. Il a massacré la vie de tout le monde autour», conclut avec émotion le gérant, Rudy Moujabber.


 

Aînés au volant

Les statistiques montrent que les aînés constituent le groupe d’âge le moins impliqué dans des accidents. «Le Québec dispose déjà du meilleur bilan au pays pour les 65 ans et plus, affirme le Dr Jaimie Dow, de la SAAQ. Ce qu’on fait est le plus efficace au Canada, même si on aimerait que ce soit encore mieux.»

Des examens médicaux et de la vue sont imposés aux conducteurs de plus de 75 ans. Ils sont obligatoires tous les deux ans à partir de 80 ans. «Le rapport de santé de quatre pages couvre toutes les éventualités», ajoute Dr Dow.

Pour la députée de l’Acadie, la SAAQ fait les choses correctement. «Il faut voir l’état de santé du conducteur et non son âge. La sécurité est l’affaire de tous», affirme Christine St-Pierre, qui attendra les conclusions de l’enquête pour commenter le «drame humain» qui s’est produit le 4 février.

À la Fondation CAA-Québec, son directeur Marco Harrison affirme également que la bonne conduite n’a pas d’âge. «Dans les réclamations d’assurances, les aînés sont surtout concernés par les dommages matériels tandis les moins de 24 ans sont surreprésentés dans les accidents graves», indique-t-il.

Si M. Harrison estime que les examens de la SAAQ sont une bonne chose, il suggère tout de même que des contrôles aléatoires soient effectués à des fins statistiques dès 65 ans.

De plus, avec le système québécois de couverture sans égard à la faute (no fault), toute personne impliquée dans un accident, qu’elle soit responsable ou non, est couverte par le régime. Aucune poursuite ne peut donc être intentée contre les fautifs.

Les nombreuses tentatives de l’ancien ministre de la Justice et avocat Marc Bellemare pour faire changer la loi, depuis sa création en 1978, ont été infructueuses.

Stationnement
Par ailleurs, les stationnements sont les lieux où le risque d’impact entre véhicules et piétons est le plus grand, selon M. Harrison. «Les automobilistes doivent circuler lentement et il manque d’endroits bien identifiés pour les piétons», précise-t-il, soulignant l’importance des campagnes de sensibilisation.

Comme c’est le cas dans certains centres commerciaux, un marquage pour les passages de piétons pourrait également améliorer leur sécurité.

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