Il y a 90 ans déjà, des avions volaient au-dessus de Saint-Laurent. Notamment le Rambler, un biplan fait d’une structure de métal recouverte de tissu. En plus d’être le premier avion léger et privé canadien, il a été conçu par Wilfrid Thomas Reid sur le site qui deviendra l’aéroport de Cartierville.

Les mordus d’aviation ont été attirés par le lieu plutôt plat dès le début du XXe siècle. «Il y a de premiers essais d’aéroplanes, de machines volantes pourrait-on dire, mais la production a réellement débuté avec Curtiss-Reid Aircraft», explique le conservateur du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, Rénald Fortier.

Dans les années 1920, l’ingénieur britannique Wilfrid Thomas Reid est engagé par Vickers pour développer sa filiale canadienne, alors le seul constructeur aéronautique au pays, situé sur le bord du fleuve, dans l’actuel arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Il quitte cependant la compagnie pour créer la sienne, Reid Aircraft de Cartierville, en 1928.

Le Rambler effectue son premier vol en septembre.

Intéressé par l’appareil à la structure métallique, assez inhabituelle à cette époque, le géant américain Curtiss Aeroplane & Motor prend le contrôle de l’entreprise qui devient Curtiss-Reid Aircraft en décembre.

L’entreprise fait faillite quatre ans plus tard. Une quarantaine de Rambler ont été produits. «C’était un bon appareil, mais il est arrivé au mauvais moment, précise M. Fortier. Le de Havilland Moth britannique était déjà bien implanté dans les aéro-clubs canadiens, puis il y a eu la crise des années 1930.»

Si les commandes étrangères et canadiennes –huit appareils seulement ont été achetés par la Défense nationale – ne sont pas au rendez-vous, la contribution de M. Reid au développement de l’industrie aéronautique demeure majeure. Une rue est d’ailleurs nommée en honneur dans Bois-Franc.

Le Canso


L’histoire aéronautique de Saint-Laurent continue. Noorduyn Aviation s’y développe dans les années 1930 et conçoit l’avion utilitaire Norseman, mais revenons à Canadian Vickers.

La Canadian Vickers reçoit le mandat du gouvernement de produire une version canadienne du Consolidated Catalina, l’hydravion à coque qui fut le plus construit, nommé au pays Canso.

Les installations du centre-ville de Montréal ne suffisant plus à répondre à la demande, le ministère des Munitions et des Approvisionnements achète de vastes terrains à l’aéroport de Cartierville pour y ériger une usine pour l’avionneur. En juillet 1943, toutes les opérations y sont donc transférées à cet endroit, en fait situé à Saint-Laurent.

«Vickers est considérée comme la première usine d’envergure à Cartierville, précise M. Fortier. C’était l’une des plus grandes au pays, avec de Havilland, à Toronto.»

Le premier Canso entièrement construit à Saint-Laurent a ainsi pris son envol il y a 75 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’usine emploie de 8 000 à 10 000 ouvriers.

«L’avion amphibie était conçu pour la lutte sous-marine et utilisé sur les deux côtes pendant la guerre, puisqu’il y avait une usine de Boeing en Colombie-Britannique qui en produisait», ajoute le conservateur.

Considéré comme un grand hydravion du XXe siècle, le Canso a été utilisé dans l’Armée royale canadienne. Le capitaine Daniel E. Hornell a d’ailleurs été honoré à titre posthume pour avoir attaqué et coulé un sous-marin allemand aux commandes d’un de ces appareils en juin 1944. Après le conflit, beaucoup ont été convertis pour la recherche et sauvetage.

Canadian Vickers décide d’abandonner la production aéronautique en 1944. La société d’État Canadair prend alors le contrôle de l’usine de Saint-Laurent. La compagnie américaine Electric Boat acquiert Canadair dès 1946 et devient le propriétaire de tous les terrains de l’aéroport de Cartierville, notamment avec l’achat de Noorduyn Aviation, en 1956.

Bois-Franc
L’industrie aérospatiale de Saint-Laurent se développe au cours de la seconde moitié du XXe siècle autour de Canadair, acheté par Bombardier en 1986. Peu après cette transaction, l’aéroport de Cartierville tombe à l’abandon.

Il y a 30 ans, une société est créée afin de mettre en valeur le patrimoine de près de 200 hectares de l’avionneur: Bombardier Immobilier. Un plan de développement résidentiel est présenté à la Ville de Saint-Laurent en mars 1988.

Le projet de 8 000 unités du quartier Bois-Franc, qui tire son appellation du chemin du même nom, est finalement inauguré en 1993.

La construction devait s’échelonner sur 10 ans, mais certaines phases restent à compléter, un quart de siècle après son lancement. Pour pallier au rythme de construction plus lent que prévu, Bombarbier Immobilier aménage le golf Le Challenger, ouvert de 2002 à 2012.

Le nord-est du quartier demeure à construire. Le promoteur devrait présenter son projet au Comité consultatif d’urbanisme de l’arrondissement cet été. Un parc de 15 hectares, avec déjà des lacs et des terrains de sports, devrait être achevé l’année prochaine avec l’aménagement d’aires de jeux et d’exercices ainsi que d’un parc canin à l’est de la rue Kenneth-Patrick.

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