Nicolas Ledain / TC Media Karine Wilson s’occupe de Colette Papineau au quotidien depuis deux ans. La retraitée et sa préposée ont noué un lien fort.

Les CHSLD de Montréal accueillent de nouveaux préposés aux bénéficiaires depuis quelques jours grâce à une aide financière du gouvernement du Québec. Ces recrues sont un bol d’air pour des professionnels qui étaient au bord de l’essoufflement.

« Ce n’est pas de trop. La charge devenait vraiment lourde », souffle Karine Wilson, préposée aux bénéficiaires au centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de Saint-Michel. Depuis le début du mois, quatre nouveaux employés ont été recrutés par le CIUSSS de l’Est-de-l’île pour cet établissement qui compte 162 résidents et qui tournait à plein régime.

« On faisait tout pour aller plus vite. Je vais maintenant être une préposée beaucoup plus accomplie. Cela va me permettre de mieux gérer mon temps, de profiter davantage avec les résidents, car j’ai dû me restreindre au fil des années avec ma charge qui s’alourdissait », se réjouit Karine qui travaille depuis 19 ans dans ce CHSLD qui couvre les territoires de Saint-Michel et de Saint-Léonard.

Le 27 mars, le ministère de la Santé et des Services sociaux a accordé 17,6 M$ pour le recrutement de personnel dans les centres d’hébergement et de soin de Montréal et les CIUSSS ont principalement ciblé l’embauche de préposés aux bénéficiaires. Dans l’est, 123 personnes viennent gonfler les rangs d’une profession centrale.

« Ce sont les pivots de nos structures. Ils sont auprès de la clientèle, ils ont le pouls de ce qui se passe. La pyramide d’importance des professions est inversée dans la santé. Si les préposés ne sont pas là, ça va mal », analyse Chantal Duchesne, l’infirmière-chef du CHSLD de Saint-Michel.

Faire une différence
Cette importance du préposé s’impose comme une évidence lorsqu’on accompagne Karine dans sa routine quotidienne. En ouvrant la porte de la chambre de Colette Papineau, elle déclenche un large sourire rempli d’affection sur le visage de cette retraitée.

Handicapée par la maladie, Mme Papineau a perdu presque toute sa mobilité et ne s’exprime que par l’intermédiaire d’un ordinateur qu’elle pilote avec ses yeux. « Elle m’apporte du courage et me donne le moral », écrit-elle sur son écran pour parler de sa préposée.

Quelques mètres plus loin, un autre résident livre un témoignage similaire. « Ce sont des gens qui sont toujours là quand on a besoin d’eux. Ils m’ont aidé à traverser l’épreuve de la mort de mon frère et je ne peux pas oublier ce qu’ils ont fait pour moi », raconte Camille Paquette qui a rejoint le centre il y a quelques mois.

Chaque matin, la routine de Karine est immuable. Après avoir recueilli les transmissions de ses collègues, elle fait le tour des chambres pour rendre visite à ses sept résidents. « Je passe plus de temps avec eux qu’avec ma famille. Il y a un lien qui se crée et on devient important », explique-t-elle.

Au contact de ses bénéficiaires, majoritairement issus de Saint-Léonard et de Saint-Michel, Karine a même appris l’Italien durant son service.

Alors que cette profession pâtit souvent d’une image dégradée, la préposée aux bénéficiaires tente de défendre son métier. « Dans les commentaires, les gens disent souvent qu’on est “juste” des préposés, mais on ne fait pas que changer des couches, s’insurge-t-elle. J’adore ce que je fais, je le fais avec tout mon amour et cela m’a permis de m’accomplir sur plusieurs points. »

Karine Wilson salue donc cette « petite ouverture » du ministère et espère que des jeunes vont s’engager dans cette profession qui « fait la différence dans la vie des gens ».

350 postes s’ouvrent dans la métropole montréalaise avec cette aide, mais le secteur souffre aujourd’hui d’une pénurie de main-d’œuvre. La fédération professionnelle des préposés réclame des actions du gouvernement du Québec pour orienter les étudiants vers cette formation.

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