Audrey Gauthier/TC Media Rachel Pouliot, Roberto Labarca et Lina Raffoul se mobilisent pour tenter d'aider les organismes desservant les demandeurs d'asile.

Plusieurs organismes de Saint-Léonard vivent des moments difficiles depuis quelques mois. À la suite de l’arrivée importante de demandeurs d’asile à Montréal en 2017, ceux-ci peinent à répondre à la demande.

À L’Accueil aux immigrants de l’est de Montréal (AIEM), 1200 personnes ont été rencontrées depuis septembre dernier, notamment pour de l’aide au logement.

«Nous avons aidé à la signature de 158 baux ainsi que 190 permis. Mais, nous n’avons pas de ressources dédiées à cette clientèle. Nous prenons nos employés et nous leur ajoutons des tâches pour tenter de répondre à la demande», indique le directeur général de l’AIEM, Roberto Labarca, ajoutant que les classes d’accueil sont pleines.

Horizon Carrière sonne également l’alarme. Voyant cette clientèle cogner à sa porte, la directrice a engagé une employée dédiée uniquement aux demandeurs d’asile.

«Allison accompagne les demandeurs d’asile et répond à leurs besoins dans l’immédiat. Depuis janvier, elle a rencontré 50 personnes. En général, nos employés accompagnent 80 clients annuellement. Elle est débordée. Nous avons largement dépassé notre capacité à gérer ces dossiers», déclare Lina Raffoul.

Les organismes en dépannage alimentaire et matériel aussi remarquent l’arrivée importante de demandeurs d’asile. À la Société Saint-Vincent-de-Paul (SSVP) de Saint-Léonard, le compte en banque a été presque entièrement vidé afin de venir en aide aux personnes dans le besoin.

«Nous sommes capables, pour le moment, de répondre aux demandes de nourriture et de vêtements, mais pas pour ce qui touche les meubles. Nous avons reçu plus de monde et nous n’avons pas assez d’argent pour répondre à la demande. Ça nous coûte environ 500$ par famille en meuble. Ça vide rapidement un compte de banque», souligne la présidente Ellen Schrybert, qui a prolongé les heures d’ouverture à la Boutique d’Amélie, pour tenter de renflouer le bas de laine de la SSVP.

Ces organismes s’inquiètent pour l’avenir, car selon les informations qu’elles ont, rien n’annonce une accalmie cet été.

«J’ai réussi à engager Allison en pigeant dans mes surplus, mais je n’aurai plus d’argent au mois de juin. C’est très inquiétant. Si je n’ai pas d’aide, il en va de la survie du service», révèle Mme Raffoul.

«Si nous n’avons pas d’aide, que vais-je faire? Vais-je être obligée de retourner les gens qui viennent nous voir?» –Lina Raffoul

De nombreux organismes et citoyens se sont réunis pour se pencher sur le dossier des demandeurs d’asile.

Mobilisation
Voyant la détresse de plusieurs organismes, Saint-Léonard a décidé de se mobiliser pour tenter de leur venir en aide.

L’AIEM et Horizon Carrière ont rencontré le ministre de l’Immigration du Québec, David Heurtel, afin de lui demander une aide financière discrétionnaire.

«C’est une lueur d’espoir, car il a dit être attentif à nos demandes et qu’il allait travailler avec nous. Mais, nous avons besoin de beaucoup d’argent. Il nous faut d’autres bailleurs de fonds», reconnaît Mme Raffoul.

Concertation Saint-Léonard est allé consulter les différentes organisations pour connaître leur situation et lister leurs besoins.

«C’est un sentiment général. Les organismes sont plus débordés que d’habitude. C’est un casse-tête pour eux de répondre aux besoins de cette clientèle en n’ayant pas plus d’argent. Ça vaut la peine de s’attarder sur la question avant qu’il soit trop tard», affirme Rachel Pouliot, directrice de Concertation Saint-Léonard.

Parmi les besoins soulevés par le milieu, on constate le besoin d’entreposage et de transport de matériel, le manque d’activités d’intégration, de l’accompagnement dans la recherche d’emploi et la rédaction de permis ainsi qu’une problématique de communication et de référencement vers les organismes pouvant desservir les demandeurs d’asile.

Un petit comité a d’ailleurs été créé afin d’évaluer comment venir en aide aux organismes, notamment pour les outiller et comptabiliser les demandeurs d’asile et voir s’il est possible d’intégrer cette problématique dans l’un des axes du plan de quartier.

24M$ pour l’inclusion des personnes immigrantes
Le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal ont annoncé un investissement de 24M$ sur trois ans en matière d’immigration, de diversité et d’inclusion.

Cette somme vise à faciliter l’intégration des personnes immigrantes dans la métropole et à soutenir la réalisation d’actions structurantes pour Montréal et d’initiatives dans les arrondissements, en collaboration avec des partenaires communautaires et divers acteurs du milieu.

«Nous voulons favoriser l’intégration en français des personnes immigrantes dans tous les arrondissements, notamment grâce au développement de projets novateurs et à la complémentarité des actions, lesquelles seront réalisées avec des organismes communautaires ayant une expérience dans le domaine de l’accueil et de l’accompagnement des personnes immigrantes», lance David Heurtel, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion.

«L’offre de services de proximité et l’intégration économique et sociale des nouveaux arrivants de toutes origines seront bonifiées. Des stratégies d’accueil et d’inclusion seront également déployées auprès de la population montréalaise afin de réduire toutes formes de discrimination et de valoriser le rapprochement interculturel», ajoute la mairesse Valérie Plante.

Pour l’Accueil aux immigrants de l’est de Montréal, c’est une bonne nouvelle, mais il reste encore plusieurs questions sans réponse.

«Nous espérons avoir plus de ressources afin de mieux répondre à la demande, mais nous ignorons toujours si nous allons toucher une partie de ce nouvel investissement», souligne Roberto Labarca de l’AIEM.

En attendant, l’AIEM a eu une confirmation du gouvernement provincial que le financement dédié à l’aide à la recherche de logement pour les demandeurs d’asile serait reconduit jusqu’en 2019.

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