Vous avez certainement regardé la date de péremption  du litre de lait que vous avez déposé dans votre panier d’épicerie lors de vos dernières courses chez IGA ou ailleurs.  Si la date imprimée sur le contenant est trop rapprochée de celle du jour, automatiquement, vous avez redéposé le contenant à sa place et vous avez ressorti un autre litre que vous avez sorti du fond de la tablette. Ce petit geste automatique, habituel, inaperçu et quotidien est pourtant un geste politique et social bien loin de son apparence anodine.

C’est d’abord un acte de confiance puisqu’on croit sans l’ombre d’un doute que passée cette date ultime, le produit en question sera périmé.  On croit dur comme fer que la compagnie XYZ  a à cœur notre santé.  Et cette compagnie, nous en sommes certains répond aux critères de salubrité aux exigences imposées par les lois de mise en marché des aliments.  Et c’est la date de péremption bien imprimée sur le produit qui nous assure la sécurité.  Un supermarché comme un dépanneur ne doit pas garder sur ses tablettes de produits périmés.  Pourrions-nous simplement imaginer un tel endroit qui n’offrirait que des produits avec la date de péremption passée depuis une semaine ou 15 jours?

Si nous admettons facilement la nécessité d’un certain contrôle étatisé pour notre alimentation, il nous est plus difficile de l’accepter pour nos autres produits de consommation.  Personne ne vient mettre son nez dans nos garde-robes.  Nous nous habillons à notre guise, croyons-nous.  Mais nous oublions souvent que ce sont les critères de la mode occidentale qui régissent  nos choix.   La preuve?  Endosserions-nous un vêtement vieux de 5 ans?  N’y a-t-il pas plutôt belle lurette qu’il est partie au recyclage?  Par contre, nous refusons qu’on nous dise de nettoyer nos routes de nos vieux chars qui roulent pourtant si bien.

Si la plupart de nos produits de consommation courante ont la vie un peu courte, il en va autrement pour ceux qui tentent de conserver notre passé bien vivant. La Grande Bibliothèque de Montréal, par exemple, conserve des milliers de documents qui nous parlent de notre histoire.  D’autre part,  les ministères culturels tant du Canada que du Québec, veillent à préserver nos monuments historiques, patrimoniaux et culturels de la pelle de constructeurs de condos ou de centre d’achats sans vision autre que celle de La Piasse à faire sous prétexte de services à offrir aux banlieusards.  On apporte aussi une attention particulière aux musées de tout acabit qui entourent de soins méticuleux les œuvres d’artistes reconnus comme de grands créateurs quelques décennies après leur mort.  Tandis qu’on les ignorait ou les méprisait de leur vivant, voici qu’on se bouscule maintenant au portillon dès qu’on annonce une exposition exceptionnelle de l’œuvre du maître quasi mort d’inanité tellement ses œuvres n’avaient pas court quand il osait s’exposer à la vue populaire dans une petite galerie miteuse.

Dans le domaine économique, nous assistons impuissants à des fermetures d’usines, à des relocalisations, à des fusions, à des mises à pieds et à des restructurations jusque dans les services gouvernementaux.  Tandis que ce monde industrialisé semble s’effriter sous nos yeux, le monde de la communication instantanée et mondiale s’infiltre insidieusement mais profondément dans notre mode de vie au point de restructurer notre comportement actuel et à venir.  Ici encore, cette technologie envoie  rapidement à la poubelle tout gadget électronique devenu vieux presque instantanément.  Si on a peine à se vêtir d’un chandail vieux de 5 ans, il est strictement impensable d’utiliser un iPhone de plus d’un an par exemple.

On dirait que tout ce que nous utilisons est passé date dès que nous l’avons en notre possession!  Rien ne dure!  Tout va instantanément à la poubelle!  Il nous faut assurément des garde-fous pour préserver l’Histoire de quelque peuple que ce soit!

Mais que faire de cette montée de vieilles personnes qui n’ont plus de vieux chars à conduire et qui marchent encore sur nos trottoirs et traversent si lentement nos artères encombrées et pressées.  Comment les considérer dans notre monde d’aujourd’hui, elles qui s’habillent avec des fringues vieilles de 10 ans et plus, qui ne visitent plus les musées, qui survivent vaille que vaille dans des logements vétustes, qui n’ont pas de gadget électronique, elles qui consomment peu à peu le peu qu’elles possèdent encore? 

Ces personnes qui vivent de plus en plus vieilles,  qui entendent difficilement, qui voient de  moins en moins clair, qui ralentissent considérablement la cadence de leur activité, qui ont mal partout, qui s’égarent dans leur environnement habituel et perdent la mémoire, ont-elles une date de péremption cachée qu’il nous suffirait de décrypter avec l’aide de leur aidant naturel secouru en la circonstance par la ministre Marguerite Blais?  Que faire de ces vieux qui envahissent progressivement notre environnement jusque dans les prochaines décennies?  Le programme de Sécurité de la vieillesse coûtera cher aux jeunes devenus minoritaires dans cette société de vieux.  Quel problème attend donc nos jeunes étudiants actuellement en train de se faire une colonne au cœur de leur revendication!  Leur tour venu de gérer ce monde, comment sauront-ils trouver des solutions durables pour toutes nos vieilles affaires passées date?

En attendant, réjouissons-nous donc de voir nos vieux tout contents d’être parqués dans des tours à poulets.  Ils ne contestent pas puisqu’ils sont désormais en sécurité,  n’ont plus rien à faire et ont tout le loisir de regarder leur TIVI même en s’endormant.  Ils ne protestent pas, ne protestent plus.  À quoi bon!  Leur date de péremption approche!  

 

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