« C’est une langue belle avec des mots superbes, qui porte son histoire à travers ses accents », chantait Yves Duteil. C’est justement pour conserver cet héritage, menacé par la mer anglophone qui entoure le Québec, que Raymond Gagnier veille, depuis 12 ans, au bon usage de la langue française.

Passionné d’actualité, M. Gagnier épluche différents journaux tous les jours. Lors de sa lecture, il arrive qu’il détecte des erreurs : fautes d’orthographe, mauvais choix de mot, problèmes de syntaxe, etc.

« Je ne recherche pas les erreurs. Au contraire, lorsque j’en trouve, ça me contrarie, car ça dérange ma lecture.

« Le problème, c’est que le journal est publié à 30 000 ou 50 000 exemplaires. Ça veut dire que l’erreur est lue par autant de lecteurs », soutient M. Gagnier.

Selon lui, les journalistes, mais aussi les entreprises et les institutions ont le devoir de s’exprimer dans une langue correcte. Au passage, il cite l’auteur Albert Camus qui a écrit « le journaliste est l’instituteur du grand nombre ».

« Si on choisit de s’exprimer en français, autant bien le faire », estime celui qui a œuvré dans le monde de l’enseignement – il a été professeur d’éducation physique, puis conseiller pédagogique – pendant près de 35 ans.

Une lecture active

M. Gagnier va au-delà du constat. Lorsqu’il relève une erreur, il la souligne à son auteur. Il lui envoie une lettre ou un courriel dans lequel il explique la faute, références à l’appui.

«Toute ma vie, j’ai écrit des lettres, que ce soit à mes enseignants ou à des parents. Il y a certaines erreurs que j’ai faites toute ma vie et personne ne me l’a jamais fait savoir. Je me suis dit que j’allais le dire aux gens lorsqu’ils font des erreurs, comme j’aurais aimé qu’on le fasse avec moi. Je le fais strictement dans le but d’aider », explique-t-il.

Partout dans sa maison, on retrouve des dictionnaires et des grammaires. Il consulte ces livres chaque fois qu’il doute de l’utilisation d’un mot ou d’une tournure de phrase.

« Des fois, je peux chercher pendant des heures avant de trouver une réponse. C’est un peu comme un jeu », soutient celui qui œuvre auprès de l’Association pour le soutien et l’usage de la langue française (ASULF).

Chaque intervention de cet amoureux de la langue française est soigneusement compilée dans un rapport d’activités présenté, chaque année, à l’ASULF. En 2010, 230 lettres ont été envoyées aux différents médias.

Le travail de M. Gagnier porte ses fruits. L’homme soutient avoir remarqué une amélioration de la qualité de la langue française dans les médias.

« Ce qui me réconforte, c’est de voir que, bien souvent, lorsque j’écris une lettre à un journaliste pour soulever une errreur, le lendemain, je constate qu’il a utilisé le même mot correctement », avoue-t-il.

Après 12 ans de veille, ce vigile de la langue française n’entend pas ranger ses dictionnaires. Aussi longtemps qu’il le pourra, il continuera de défendre la langue de chez nous.

Votre modèle…

Il y a en plusieurs. Je dirais un écrivain : Michel Montaigne.

Votre plus grande réalisation …

Je me suis impliqué dans le sport parascolaire pendant de nombreuses années et j’ai désormais un tournoi de volleyball à mon nom.

Si vous pouviez changer une seule chose dans le monde …

J’aimerais que les gens prennent conscience que la langue française est menacée. Surtout au Québec, où on a de plus en plus de références états-uniennes.

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