Isabelle Bergeron/TC Media Jean-Talon Est

Fronde chez les commerçants de la rue Jean-Talon Est. Plusieurs d’entre eux remettent en question l’existence de leur Société de développement commercial (SDC). Ils envisagent de mettre sur pied un comité pour protester contre cet organisme qu’ils jugent «inutile», évoquant même la possibilité de le dissoudre.

Une dizaine de commerçants rencontrés par TC Media, qui souhaitent presque tous rester anonymes, disent la même chose: malgré leurs cotisations, la SDC ne les a aidés en rien depuis sa création en 2008.

Les membres de la SDC paient une cotisation annuelle qui oscille entre 300 $ et 2500 $, selon différentes dispositions prévues au règlement, dont la superficie du commerce et l’étage à laquelle il se trouve.

Or, les commerçants disent ne pas avoir de retour sur leur investissement.

«Pour nous, ça ne rapporte rien, la SDC, c’est du n’importe quoi. Avec ma superficie, c’est environ 2500$ que je paye [en cotisation]», affirme Amel Bejaoui, propriétaire du restaurant Amir, la seule qui a accepté de témoigner en se nommant. Elle avoue ne pas participer aux réunions. «Je les vois venir porter des papiers, mais leurs activités, ce n’est pas utile.»

La SDC Jean-Talon Est, avec un budget annuel de 270 000 $ regroupant les cotisations et subventions, participe au développement économique du secteur. Les activités estivales, la promotion de l’achat local, la sensibilisation à la propreté et le travail de revitalisation sont parmi les principales actions de cet organisme.

Activités décevantes
Un propriétaire d’un magasin d’alimentation a affirmé à TC Media être déçu des activités proposées. «Ils ont mis quatre ballons, un père Noël est entré dans mon magasin, des gens sont venus avec une guitare. Mais le résultat à la fin pour mon commerce? Rien.»

Certains se disent délaissés par le comité administratif de la SDC. «On dirait qu’il n’y a jamais de projets réels pour le quartier. Et quand on parle, il n’y a personne qui écoute. La dernière fois, on était 10 à la réunion. Nous on paye une cotisation pour que quelqu’un nous représente, mais il n’y a personne qui nous écoute», a affirmé le gérant d’une boutique qui dit participer à la plupart des assemblées générales depuis 2009.

Parmi les commerçants rencontrés, seul le propriétaire du restaurant Salut, Bonjour! a souligné l’importance de la société. «Ils nous aident, c’est bon pour faire connaître le restaurant. Parfois c’est ici qu’ils font les 5 à 7», a laissé savoir Anthony Veleno.

Les plus amers qui souhaitent mettre sur pied un comité disent manquer de temps. Ils espèrent se regrouper bientôt et pourraient même faire appel à un avocat.

Aux commerçants d’agir aussi
Le directeur de la SDC Jean-Talon Est, Sylvain Tardif, dit comprendre ces commerçants, étant donné le contexte économique difficile. La faible participation rend toutefois sa tâche ardue.

«Les gens ont le devoir de participer et de s’impliquer. […] C’est du travail d’équipe. Je suis tout le temps prêt à prendre la moitié du blâme, mais c’est à tout le monde de participer.»

La rue Jean-Talon Est, selon lui, n’est pas aussi invitante qu’il le souhaiterait. «Le milieu n’est pas encore assez aménagé pour accueillir des évènements qui auront de meilleures retombées économiques. La SDC a comme objectif de créer une vie de quartier. C’est du travail à long terme.»

M. Tardif rappelle qu’il planche sur un plan de développement économique et de revitalisation.

Il sera prêt lorsque la ville-centre présentera les détails du projet de revitalisation annoncé en 2014, évalué à 3 M$.

Selon M. Tardif, certains commerçants ne peuvent constater les efforts de la société en matière de revitalisation pour l’instant. Il assure que tout le monde sera consulté avant le début des travaux.

Au bilan 2014 de la SDC Jean-Talon Est s’inscrivent diverses activités promotionnelles, dont une campagne d’achat local incluant un site web et la fabrication de 10 000 sacs réutilisables. Des rencontres, services aux membres, activités estivales et de sensibilisation à la propreté ont également eu lieu.

Dissolution d’une SDC
La loi sur les cités et les villes stipule qu’une dissolution requiert la présentation, au conseil d’arrondissement, d’une requête signée par un certain nombre de membres: 30 dans le cas de la SDC Jean-Talon.

Par la suite, un registre doit être ouvert afin de récolter les signatures des membres, où plus de 50% des membres votants doivent se prononcer en défaveur de la SDC pour la dissoudre.

Les membres sont en droit de demander un scrutin référendaire où tous doivent se prononcer.

Comment fonctionne une SDC?
Une Société de développement commercial (SDC) est une association à but non lucratif qui regroupe des gens d’affaires. Elle représente les commerçants d’un secteur comprenant au moins cinquante établissements d’entreprise. Elle a pour objectif le développement économique de ce secteur.

À la création de la SDC, les six membres élus du conseil d’administration écrivent le règlement qui régit son fonctionnement et la valeur des cotisations obligatoires.

Il y a actuellement 18 SDC sur l’Île de Montréal.

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