Patrick Sicotte | TC Media Carole Laganière a fait ses études de cinéma en Belgique.

Avec leurs nouveaux cafés et commerces branchés, leurs tours à condos et leurs restaurants huppés, plusieurs quartiers montréalais font face à une transformation sociale et économique que l’on appelle gentrification.

Afin de dégager le côté humain derrière ses infrastructures, Carole Laganière a réalisé le documentaire Quartiers sous tension, qui sera diffusé le 12 août à 21h sur les ondes d’ICI Radio-Canada.

Ce long-métrage d’environ 50 minutes présente d’un côté, les moins fortunés qui doivent quitter leur logement faute d’argent pour payer leur loyer et de l’autre, ceux qui considèrent que les nouveautés revitalisent l’image du quartier. Selon la réalisatrice, ce sont habituellement des étudiants ou des artistes, des gens qui n’ont pas nécessairement les moyens de s’offrir un logement dans un quartier dispendieux, mais qui ont des goûts plus distingués.

Pour elle, ce sont davantage eux les précurseurs de la gentrification, malgré qu’ils n’aient pas de mauvaises intentions, et non d’avares promoteurs de condos qui souhaitent chasser autrui.

«Contrairement à ce qu’on nous laisse croire, ce n’est pas la guerre entre les nouveaux habitants et les populations d’origine. Toutefois, bien malgré eux, les uns viennent déloger les autres. Il y a des gentrificateurs qui aspirent simplement à améliorer leur qualité de vie, mais ce doit être fait de manière à respecter la mixité du quartier», souligne Mme Laganière.

Pour celle qui est née et a grandi dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve et qui a observé la différence marquante entre les lieux de son enfance et ceux d’aujourd’hui, certains de ses changements sont positifs, comme de meilleures infrastructures pour les loisirs, plus de commerces locaux ou des rues plus sécuritaires.

Elle n’aime toutefois pas dire qu’il s’agit de la revitalisation de quartiers à l’abandon. Le fait que ce soit des gens moins nantis qui y demeurent, majoritairement des locataires plutôt que des propriétaires, ne présume pas la déchéance du secteur. Ce sont des quartiers qui ont une vie, une communauté, une histoire et ce doit être respecté.


Sud-Ouest
Comme les quatre autres quartiers abordés dans le film, soit Hochelaga-Maisonneuve, le Mile-End, Parc-Extension et Rosemont–La Petite-Patrie, le Sud-Ouest a subi son lot de changements depuis plusieurs années.

Patricia Viannay, organisatrice communautaire du P.O.P.I.R., l’organisme à la défense des locataires de l’arrondissement, élabore sur le cas de Saint-Henri et de la Petite-Bourgogne dans le documentaire.

Selon la protagoniste, la population critique souvent la violence des actions faites envers les nouveaux commerçants qui s’implantent dans le quartier, mais ne parle que très rarement de celle faite envers les locataires qui sont expulsés de leur logement, souvent de manière frauduleuse.

Aucun locataire du Sud-Ouest ayant subi ce sort ne témoigne dans le film, mais il s’agit d’une situation bien réelle qui doit être corrigée, selon Mme Viannay. En renforçant la Loi sur la Régie du logement afin de dédommager les victimes d’actes malhonnêtes, par exemple.

«Se voir évincer d’un endroit que l’on habite depuis de nombreuses années, c’est comme une peine d’amour, on perd tout ce qu’on a mis du temps à construire», relate Carole Laganière.

Pour la réalisatrice, la cohabitation entre les gentrificateurs et la population locale est possible et encouragée. Toutefois, cette mixité ne doit pas seulement être une étape vers la gentrification totale, comme ce fût le cas pour le Plateau Mont-Royal, déjà largement embourgeoisé.

Êtes-vous un gentrificateur ou une victime? Pour savoir où vous vous situez dans cette réalité sociale, vous pouvez compléter le jeu interactif Gentriville, réalisé parallèlement au documentaire: ici.radio-canada.ca/gentriville/accueil

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