Le vendredi 9 janvier 1998, Montréal était plongée dans une noirceur absolue. Une tempête de pluie verglaçante s’était abattue sur la métropole et plusieurs autres régions du Québec. Cela faisait déjà quelques jours que les résidents du Sud-Ouest vivaient les répercussions de cette bombe météorologique, étant l’un des premiers arrondissements touchés. Retour sur cette crise qui a marqué l’hiver d’il y a 20 ans.

Guy Giasson, résident de Saint-Henri et membre de la Société historique du quartier, se souvient de cette journée, surnommée le «vendredi noir», comme si c’était hier. «À midi, tout s’est éteint. J’ai appelé des voisins pour savoir s’ils avaient de l’électricité et j’ai constaté que plus personne n’en avait dans le quartier», raconte-t-il. C’était le cas de près de 75 000 abonnés d’Hydro-Québec à Montréal.

Se remémorant ses anciens cours de scoutisme, il est allé ramasser des morceaux de glace à l’extérieur pour remplir son réfrigérateur, a identifié toutes les entrées d’air froid de la maison et les a calfeutrées et a illuminé la maison avec des chandelles.

«C’était comme du camping d’hiver. C’était des principes de survie», dit M. Giasson. Pour l’homme, qui se réchauffait la nuit avec des bouillottes d’eau chaude faites à partir de bouteilles de boissons gazeuses et cuisait sa nourriture avec un poêle à camping, la crise du verglas était une belle aventure.

«L’entraide entre voisins et membres de la famille a fait en sorte que, pour nous, c’était pratiquement un party», résume-t-il.

Centre d’hébergement
D’autres résidents de l’arrondissement n’avaient toutefois pas la chance ou la capacité de M. Giasson de composer avec cette crise et ont été contraints de quitter leur domicile par mesure de sécurité. À l’époque, le centre sportif de la Petite-Bourgogne les accueillait.

La première journée d’ouverture, 75 personnes s’y étaient déjà installées. Puis, le nombre a vite grimpé et tout le monde a dû être transféré au Palais des congrès de Montréal. Même scénario au centre commercial Alexis Nihon, qui hébergeait d’autres gens du quartier. Plusieurs familles ont dû être déplacées à l’UQÀM, par manque d’espace.

Des citoyens transformaient aussi leurs maisons en véritable petit quartier général pour héberger les personnes sinistrées. Ce fut le cas de Robert Francoeur, résident de la rue Cazelais dans Saint-Henri, qui a accueilli plusieurs employés et bénévoles du CLSC du quartier.

Entraide
Tout au long de la crise, plus d’une centaine de bénévoles ont prêté main-forte aux policiers du poste de quartier (PDQ) 15 pour amener les gens privés d’électricité vers les centres d’hébergement.

Plusieurs vies ont été sauvées grâce à la patrouille effectuée par la police, comme un couple endormi avec de jeunes enfants, qui avait laissé le barbecue ouvert dans la pièce et une dame de 90 ans retrouvée à moitié inconsciente. Elle avait laissé son poêle à gaz chauffé au maximum.

Des organismes fournissaient les centres d’hébergement de couvertures, de caisses d’eau et de nourriture. Le conseiller de Côte-Saint-Paul de l’époque, Philippe Bissonnette, aidait à fournir de la soupe dans les endroits où il y avait peu de chauffage.

Les petits commerçants donnaient leur nourriture aux clients avant de fermer leurs portes et le marché IGA Saint-Pierre, sur le boulevard Monk, est demeuré ouvert tout au long de la crise, malgré le manque d’électricité, par solidarité pour sa fidèle clientèle.

Tous donnaient un coup de main à leur façon, comme ce fût le cas d’un accordéoniste qui utilisait ses talents musicaux pour distraire les personnes âgées de la résidence Yvon Brunet dans Ville-Émard en attendant le retour de la lumière.

Si plusieurs gardent un souvenir amer de ces événements difficiles, la crise du verglas a toutefois su mettre de l’avant la générosité et la solidarité entre les gens du quartier.

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