(Photo: TC Media - Justine Gravel) Dans le calme, les locataires ont été évincés de leur logement au compte-goutte.

Près d’une vingtaine de résidents ont été évincés, jeudi matin, de leurs immeubles des rues Centre et Châteauguay dans Pointe-Saint-Charles jugés insalubres et non-sécuritaires par la Ville de Montréal. Au moment de l’évacuation, 16 d’entre eux ne savaient pas encore où ils dormiraient, dont une jeune fille de 15 ans.

Accompagnés de membres du Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal (SIM) et de deux employés de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM), ils ont été conduits à l’église Saint-Gabriel où du personnel de la Croix-Rouge les attendait.

«Nous appuyons l’OMHM jusqu’à lundi, en payant un hôtel et de la nourriture aux résidents selon leurs besoins. Personne ne sera à la rue», indique Philippe Nadon, coordonnateur à la Croix-Rouge. L’OMHM se chargera par la suite de leur trouver un toit dans un de leurs logements vacants.

«C’est la première fois que je vois une éviction de masse en plein hiver», soutient Hassan El Asri, organisateur communautaire au Regroupement Information Logement (RIL) de Pointe-Saint-Charles.

À l’instar des membres de plusieurs organismes locaux et de nombreux résidents du quartier, il était sur les lieux pour témoigner de sa solidarité, mais aussi pour dénoncer le court délai de trois semaines octroyé par la ville-centre pour la relocalisation de 19 ménages.

Malgré de nombreuses tentatives des organismes et une demande de prolongation de délai faite par Me Stéphane Proulx, l’avocat des locataires, à la Cour supérieure, la Ville est restée ferme sur sa décision.

Locataires
Seule Giulia Giorgi, qui habite l’immeuble de la rue Centre depuis trois ans, a réussi à trouver un appartement dans le quartier.

«J’ai pris l’avis au sérieux contrairement à plusieurs. Le propriétaire leur donnait de faux espoirs en leur disant qu’ils n’auraient pas à partir et maintenant ils se retrouvent dans cette situation», déplore-t-elle.

Laurie-Anne Grose, qui habite l’immeuble de la rue Châteauguay, en veut au propriétaire, Robert Zaphiratos, de n’avoir rien fait. «J’ai déjà été expulsé une fois et je me suis retrouvée ici, je ne pouvais pas savoir que le propriétaire ne ferait rien pour améliorer le logement. Tout est de sa faute», dit cette native de Pointe-Saint-Charles, accompagnée de sa fille Alexis, âgée de 15 ans.

«Je ne peux pas aller ailleurs, le travailleur social de ma fille est ici, son médecin, son école » ajoute-t-elle.

Pour Gardiner, un autre locataire, c’était nécessaire de quitter les lieux, même s’il n’a rien trouvé pour le moment. En se promenant dans les couloirs, il montrait à quel point l’immeuble était en piètre état. Dans son appartement, on pouvait voir des traces de moisissure, un plafond qui menaçait de tomber sous la pression de l’eau qui s’était accumulée et des murs percés.

Aide
Les organismes communautaires du quartier vont poursuivre leur bataille. «On va travailler fort pour que les gens restent dans Pointe-Saint-Charles. Nous allons faire un suivi avec l’OMHM c’est certain, tout en dénonçant le processus pris par la Ville», indique Cédric Glorioso-Deraiche, responsable des dossiers d’aménagement chez Action-Gardien.

Trois travailleurs sociaux de la clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles accompagneront les locataires évincés. «Il faut aider, écouter et gérer la colère de ces personnes», explique Stéphane Defoy, organisateur communautaire à la clinique.

Camille Trudel, de chez Action-Gardien, qui habite un logement voisin à l’immeuble, a pour sa part proposé d’héberger les animaux des locataires le temps qu’ils trouvent un endroit stable. Un grand soulagement pour des personnes comme Gardiner, qui possède quatre chats, deux oiseaux et un lézard.

Il a été impossible de joindre le propriétaire M. Zaphiratos.

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