Ce serait une erreur de douter de l’importance de participer aux travaux de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) au sujet de Griffintown. Les sceptiques n’en voient que les terrains vacants dont le nombre et la superficie ne sont pas suffisamment déterminants pour donner le ton à l’ensemble du quartier, alors que l’opération que nous devons collectivement planifier tient bien plus de la reconstruction et du redéveloppement des 10 millions de pieds carrés publics et privés de ce territoire qui va de l’autoroute Bonaventude à l’est à la rue Georges-Vanier à l’ouest, de la rue Notre-Dame au nord au canal de Lachine au sud.

La beauté de l’exercice, c’est que la ville est en devenir perpétuel. Cette planification détaillée est l’occasion à saisir par les Montréalais pour participer à définir leur ville, leurs quartiers, à projeter ce secteur historique de l’époque industrielle vers l’avenir d’une métropole du 21e siècle. Rappelons-nous qu’il y a encore des égouts en bois sous ses rues.

Griffintown pourrait être un laboratoire de développement urbain, une occasion de voir cette «4e dimension» de la ville, c’est-à-dire voir l’ensemble au-delà des projets comme le disait M. Greenberg, conférencier au colloque de l’OCPM. Nous, les élus de Vision Montréal dans le Sud-Ouest, voulons que soit élaborée une vision du territoire qui place les objectifs de développement durable et responsable en tête de liste, dans un souci de mixité sociale et de mixité des usages. La qualité et la quantité des espaces publics que nous nous donnerons à la suite de cette consultation seront déterminantes pour conditionner l’ensemble du quartier. Il faut que tous, résidants du quartier comme l’ensemble des Montréalais, constructeurs et groupes communautaires, professionnels et amateurs prennent la peine de s’exprimer devant l’Office pour ajouter une brique à ce projet collectif et s’engagent dans cette grande transformation.

Des défis particuliers

Planifier Griffintown offre des défis particuliers liés, entre autres, à la densité nécessaire aux abords du centre-ville, à l’inclusion de logements communautaires et abordables, à la place des transports actifs et collectifs, à l’accueil des familles, à la diversité économique.

C’est également aborder le rôle de l’École de technologie supérieure et de son quartier de l’innovation, les gestes à poser pour la préservation des institutions culturelles et lieux patrimoniaux, les choix nécessaires en regard des services publics et de proximité notamment.

Quel bâtiment devons-nous conserver, réutiliser, intégrer ou simplement rappeler? Comment verdir un quartier dont nous voulons aussi conserver la trame de rues même si celles-ci sont étroites? Comment favoriser l’accès à l’eau? Comment innover en construction durable et quel pari architectural prendre ?

Le développement urbain, c’est bien plus que de négocier à la pièce avec chacun des promoteurs. Dans le Sud-Ouest, nous avons réussi grâce à ces négociations à obtenir beaucoup en matière de mixité sociale. Tous les projets dans Griffintown souscrivent à la stratégie d’inclusion de logements sociaux et communautaires, pourtant facultative dans d’autres arrondissements. Dès 2009, nous avons agi en modifiant notre règlement d’urbanisme à deux reprises avec un parti pris pour le développement durable et culturel. Mais l’arrondissement n’a ni le pouvoir ni les capacités financières d’investir dans les espaces publics ou le transport en commun à la hauteur des défis de Griffintown.

Il ne faut pas manquer cette opportunité pour laquelle l’équipe du maire Benoit Dorais plaide depuis deux ans. Nous espérons ainsi corriger les erreurs du programme particulier d’urbanisme (PPU Peel-Wellington) adopté en 2008 qui régit actuellement 20 % du territoire, dont la demande de révision avait été refusée en 2010 par Union Montréal, le parti du maire Gérald Tremblay, soutenu en cela par Projet Montréal, Richard Bergeron en tête. Bien sûr, nous regrettons que l’OPCM n’ait pas été appelé à intervenir plus en amont. Cela étant dit, ce n’est pas une raison de bouder la démarche actuelle qui viendra orienter le travail des professionnels de la Ville et de l’arrondissement et les essentiels investissements publics, et offrir de la cohérence à ce nouveau Montréal.

Comment reconstruire la ville sur la ville en respectant son histoire tout en se tournant vers l’avenir ? Voilà la question à laquelle l’exercice de l’OCPM nous invite collectivement à répondre.

Véronique Fournier Conseillère de ville Saint-Henri–Petite-Bourgne–Pointe-Saint-Charles Présidente du Comité consultatif d’urbanisme du Sud-Ouest Porte-parole de l’Opposition officielle de Vision Montréal en matière d’urbanisme

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