Depuis plus d’un an, des mouvements d’opposition citoyenne contre l’implantation des nouveaux compteurs intelligents ont pris racine un peu partout dans le monde et Pointe-aux-Trembles ne fait pas exception. Ce qui inquiète le plus ce sont les possibles effets des radiofréquences (RF) émises par les compteurs sur la santé humaine.

Crêtes et moyennes sous le standard

En octobre dernier, la Régie de l’énergie avait accepté le projet d’Hydro-Québec (HQ) considérant que les compteurs de nouvelle génération ont une densité de puissance de 50 microwatts par mètre carré (µW/m²) à 1 m de distance, soit entre « 20 000 à 300 000 fois inférieures aux normes de Santé Canada actuellement en vigueur ». Conformément aux normes, la mesure de 50 µW/m² est la valeur moyenne, calculée sur une période de six minutes, puisque l’intensité varie sensiblement avec le temps. Notons que les compteurs émettent par vague.

Un argument que refuse le technicien en hygiène électromagnétique, Stéphan Bélainsky. Selon lui, il ne faut pas mesurer la moyenne, mais l’intensité maximale lors d’une émission.

« Si un compteur émet toutes les 30 secondes, on prend la mesure de cette émission. Les émissions durent environ six centièmes de secondes. En effectuant une moyenne, on abaisse et camoufle ainsi l’intensité de l’émission reçue. Un coup de fouet aux 30 secondes réduit à 30 petites caresses à la seconde. Comme les émissions ne sont pas toutes de la même intensité et ne durent qu’une fraction de seconde, les lectures sont d’une certaine durée et la moyenne est calculée au millième de seconde », expose-t-il.

M. Bélainsky assure avoir déjà observé des crêtes allant jusqu’à 49 000 µW/m². Il n’est pas le seul, les experts du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) ont aussi effectué des mesures sur les nouveaux compteurs et leurs résultats sont légèrement supérieurs à ceux d’HQ, soit une moyenne de 63,87 µW/m² et une crête de 55 370 µW/m² (mesure prise directement devant le compteur). Or, ces mesures restent toutes largement sous le standard de 6 000 000 µW/m² recommandé par Santé Canada et sous les standards européens, qui se situent généralement à 4 500 000 µW/m².

Malgré que la puissance des crêtes des compteurs soit bien en deçà des standards, le directeur Infrastructure de mesurage chez HQ, Georges Abiad, insiste pour dire que « ce n’est pas comme ça qu’il faut établir si les limites sont atteintes. Il ne faut pas le calculer sur la base des crêtes, mais des moyennes. »

Trop de transmissions

Les nouveaux compteurs émettent en moyenne toutes les 50 secondes, pendant une durée variant de 48 à 63 millièmes de seconde. M. Bélainsky s’explique mal pourquoi les compteurs émettent autant de fois par jour, alors que la facturation est basée sur 60 jours.

« Les compteurs émettent environ 1700 fois par jour. Les profils de consommation sont transmis six fois par jour et les registres de données une seule fois, précise la porte-parole d’HQ, Danielle Chabot. À cela s’ajoutent quelques lectures sur demande, l’information relayée de compteur en compteur, la maintenance du réseau et la synchronisation, ce qui correspond à un taux de transmission moyen de 1733 communications par jour, pour une durée de transmission quotidienne de 83 secondes. »

Protégé par les standards?

Les normes en matière de RF au Canada sont contenues dans le code de sécurité 6 de Santé Canada. « Les limites recommandées par ce Code ont été établies à un niveau qui est inférieur […] au seuil où il y a une possibilité d’effets néfastes pour la santé, tel que jugé à l’unanimité par la communauté scientifique. Les effets biologiques des champs RF à des niveaux trop bas pour produire un échauffement marqué ont aussi été révisés. Ces effets ne sont pas bien établis et la compréhension de leurs implications envers la santé humaine n’est pas suffisante. Ces effets ne peuvent donc pas servir comme base afin de créer des recommandations envers la restriction d’exposition humaine à des champs RF de faible intensité », peut-on lire dans l’introduction.

C’est là que le bât blesse selon M. Bélainsky, car, « en théorie, la force d’exposition [des RF utilisés dans les compteurs] n’est pas assez puissante pour endommager les molécules, mais, dans la pratique, il existe plusieurs exemples qui démontrent que ces ondes, dites non ionisantes, peuvent aussi s’avérer l’être. »

« Il y a beaucoup de chercheurs qui pensent qu’il y a des effets sur la santé en bas du niveau d’ionisation, ajoute M. Bélainsky. On parle d’effets d’induction et de résonnance, mais nous ne sommes pas sûrs. C’est ça, le problème : le gouvernement attend qu’il y ait des preuves hors de tout doute pour nous protéger. [Les chercheurs] n’ont pas encore identifié le mécanisme médical alors, tant que ce ne sera pas expliqué, on expose 100 % de la population. Historiquement, ç’a toujours été catastrophique quand on a fait ça : regardez l’amiante, la cigarette et les BPC. »

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