Une pétition contre l’installation des compteurs intelligents d’Hydro-Québec est déposée, le ministère des Ressources naturelles remet le projet à l’étude, et des mouvements voient le jour un peu partout au Québec. Les collectifs opposés aux compteurs intelligents gagnent du terrain.

Depuis janvier 2012, des citoyens de Villeray, quartier cobaye du projet d’installation des compteurs d’électricité intelligents, dont la lecture se fait à distance, tentent de bloquer ce changement et de démontrer les risques sur la santé de l’exposition à la pollution électromagnétique.

Le PQ réceptif

La porte-parole de Villeray refuse, Marie-Michèle Poisson, affirmait, en décembre dernier, sentir une meilleure réceptivité du gouvernement depuis les élections du 4 septembre. «Au moins, on retourne nos appels et on sent un peu plus d’intérêt depuis que le Parti Québécois est au pouvoir.»

À Montréal, c’est Villeray refuse qui a ouvert le bal du mouvement d’opposition, mais, depuis, Parc-Extension, Pointe-aux-Trembles et Boucherville se sont joints à la danse.

Ils ne sont pas seuls. D’autres organismes dont Option consommateur, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et Stratégies énergétiques (SÉ) s’inquiètent des coûts additionnels qu’entraînerait cette technologie et de ses risques pour la santé. L’AQLPA compte demander une audience publique en environnement sur les compteurs proposés par Hydro-Québec.

Le 4 décembre dernier, une pétition rassemblant plus de 17 000 signatures de citoyens de partout au Québec a été portée à l’Assemblée nationale par le député de Laval-des-Rapides, Léo Bureau-Blouin. La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a aussi remis le projet d’installation des compteurs intelligents à l’étude.

Par ailleurs, le site LesAffaires.com dévoilait la semaine dernière que celle qui pilotait et défendait le dossier des compteurs intelligents depuis plus d’un an, la présidente de Hydro-Québec distribution, Isabelle Courville, quittait le navire « pour se consacrer à d’autres activités professionnelles ». Depuis le 15 janvier, c’est un vice-président, Daniel Richard, qui dirige la division.

L’opposition gagne du terrain

Après plus d’un an de combat contre la société d’État, l’opposition semble gagner du terrain. En Estrie, le fournisseur Hydro-Magog joue de prudence et s’abstiendra d’installer des compteurs émettant des radiofréquences (RF). La Ville de Magog étudierait la possibilité d’installer de la fibre optique sur l’ensemble de son territoire, afin d’utiliser les compteurs intelligents sans RF. Au Québec, douze municipalités ont voté des résolutions s’opposant à l’installation de ces compteurs sur leur territoire.

La situation est semblable ailleurs au pays. En Colombie-Britannique, où déjà 1,8 million de compteurs intelligents ont été déployés, 59 municipalités ont refusé leur implantation, dont les villes de Vancouver et de Victoria.

Aux États-Unis aussi, les opposants se font entendre. En Californie, le retrait a commencé. Les résidents du Vermont opposés aux compteurs intelligents ont obtenu la possibilité de se retirer du projet gratuitement, alors qu’Hydro-Québec offre l’option de retrait, en vertu de la décision rendue par la Régie, mais au coût de 137 $, en plus des 17 $ additionnels par mois.

Électrosensibilité

Bien que le fournisseur d’électricité assure que les fréquences émises par les appareils sont de 20 000 à 300 000 fois inférieures aux normes de Santé Canada actuellement en vigueur (lire «Des ondes qui inquiètent», Villeray refuse tient position. Selon Mme Poisson, Pierre Lepage, un citoyen de Villeray, et sa famille éprouvent déjà des problèmes. Ils affirment avoir commencé à ressentir des étourdissements, nausées, maux de tête, pertes d’appétit et de concentration, peu après l’installation de compteurs groupés (un total de six) dans leur cuisine. Des témoignages semblables ont été entendus à Laval, à Boucherville et même à Santa-Cruz, en Californie.

L’apparition de symptômes dus à l’exposition aux ondes se nomme électrosensibilité. Cette réactivité aux radiofréquences n’est pas la même chez tous les individus. Bien que des gens affirment souffrir de cette condition, aucune étude médicale ne confirme l’existence de l’électrosensibilité (ou électrohypersensibilité).

«En Europe, le dossier avance très vite. Des recommandations sont faites pour que le wi-fi soit retiré des écoles primaires et secondaires et que les antennes de cellulaire sont éloignées des hôpitaux et des écoles», compare Mme Poisson. Des associations scientifiques et médicales étrangères incitent à la prudence quant à l’exposition des enfants et des personnes malades ou âgées aux ondes. Toutefois, selon la porte-parole, aucun médecin québécois ne veut se commettre dans ce dossier.

Jusqu’à présent, Hydro-Québec a installé près de 20 000 compteurs intelligents à Villeray, à Boucherville et dans la MRC de Memphrémagog, et ce nombre augmentera à 1,8 million sur le territoire montréalais d’ici 2014. À terme, ce sont 3,75 millions de compteurs qui seront déployés sur l’ensemble du territoire québécois, d’ici 2018. Selon Hydro-Québec, ces nouveaux compteurs, qui ne nécessitent pas la collecte d’information manuellement, permettront d’économiser 300 M$ en 20 ans. De plus, les factures seront dorénavant basées sur la consommation réelle du client, plutôt que sur une estimation, comme c’est parfois le cas.

En collaboration avec Simon Bousquet

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