The Associated Press

BEYROUTH — L’armée américaine a admis qu’elle pourrait avoir involontairement frappé une base de l’armée syrienne lors d’un raid contre Daech (le groupe armé État islamique) dans l’est de la Syrie, samedi. Si les allégations se confirment, ce serait la première frappe américaine connue contre les troupes du président Bachar el-Assad.

Le commandement central de l’armée américaine a indiqué que la frappe avait été immédiatement suspendue «lorsque des responsables de la coalition ont été informés par des responsables russes qu’il était possible que le personnel et les véhicules visés fassent partie de l’armée syrienne».

Le Conseil de sécurité des Nations unies a prévu une réunion d’urgence pour discuter de cette frappe en Syrie, samedi soir, à la demande de la Russie. Moscou a réclamé «des explications entières et détaillées» pour déterminer si la frappe représente «un soutien délibéré à Daech ou une nouvelle bourde».

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a été citée par l’agence de nouvelles gouvernementale TASS, disant qu’«après l’attaque d’aujourd’hui (samedi) contre l’armée syrienne, (la Russie) en venait à la terrible conclusion que la Maison-Blanche défend l’État islamique».

L’ambassadrice américaine aux Nations unies a exprimé les regrets des États-Unis pour les vies perdues dans la frappe en Syrie, mais a qualifié de «manoeuvre» politique l’appel par la Russie pour une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Samantha Power a aussi dit que les États-Unis faisaient enquête, dans des propos tenus à l’extérieur de la salle du Conseil de sécurité, samedi soir, alors que l’ambassadeur russe Vitaly Churkin condamnait la frappe américaine dans le cadre de la réunion à portes closes.

Mme Power a affirmé aux médias que la «manoeuvre» était particulièrement «cynique et hypocrite», même «selon les standards de la Russie». Elle a souligné que la Russie n’avait jamais réclamé de réunion d’urgence pour condamner le régime du président syrien Bachar el-Assad «pour certaines des pires atrocités que nous ayons vues en une génération» — prendre des civils pour cible, bloquer l’aide humanitaire pour des populations affamées, utiliser des armes chimiques et torturer des dizaines de milliers de prisonniers.

Selon l’armée syrienne, la frappe a touché une base dans la ville de Deir ez-Zor encerclée par des combattants djihadistes, leur permettant de gagner du terrain. Un dirigeant du ministère russe de la Défense, citant une information transmise par la Syrie, a déclaré que 62 soldats syriens avaient été tués dans la frappe et qu’une centaine d’autres avaient été blessés.

Depuis un an, la Russie participe à une campagne aérienne aux côtés des troupes du régime Assad et collabore étroitement avec ce dernier pour coordonner ses interventions.

Cette frappe pourrait mettre en péril le cessez-le-feu fragile en Syrie négocié par les États-Unis et la Russie, qui tient depuis cinq jours malgré des dizaines de violations alléguées des deux côtés. La trêve, qui ne s’applique pas aux frappes visant Daech, a déjà fait l’objet de disputes entre Washington et Moscou, qui s’accusent de ne pas la respecter entièrement.

«Les forces de la coalition ne frapperaient pas intentionnellement une unité militaire syrienne», a affirmé l’armée américaine dans un communiqué.

L’armée syrienne a déclaré que la frappe avait permis aux djihadistes de progresser sur une colline qui surplombe la base aérienne. Elle a qualifié la frappe d’«attaque grave et flagrante contre la Syrie et son armée», estimant que c’était «une preuve que les États-Unis appuient Daech et d’autres groupes terroristes».

Le régime Assad estime que tous ceux qui se battent contre lui sont des terroristes et accuse depuis longtemps les États-Unis et d’autres pays de soutenir les extrémistes.

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