NATIONS UNIES, N.Y. — L’ONU a adopté mercredi une déclaration visant à lutter contre l’augmentation des infections résistantes aux médicaments antimicrobiens qui, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), menacent de tuer des millions de personnes et de perturber les économies dans le monde, tel «un tsunami au ralenti».

La déclaration des Nations unies reconnaît l’ampleur du problème et encourage les pays membres à élaborer des stratégies afin de réduire l’utilisation des antimicrobiens, faire un meilleur usage des vaccins et financer le développement de nouveaux médicaments. La résistance aux antimicrobiens faucherait chaque année la vie de 700 000 personnes dans le monde — un bilan qui devrait s’accroître à un rythme exponentiel.

La directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, a rappelé que la résistance aux antimicrobiens n’est pas un phénomène nouveau mais touche plusieurs facettes de la société — agriculture, santé publique, commerce — et doit donc être abordée globalement à une échelle nationale.

Dans un rapport commandé par le Royaume-Uni et publié en 2014, on estimait que d’ici 2050, la résistance aux antimicrobiens serait responsable de plus de décès chaque année que le cancer, et coûterait jusqu’à 100 000 milliards $ US en pertes de production. La Banque mondiale estime que ce problème pourrait causer autant de dommages que la crise économique et financière de 2008.

La résistance aux antimicrobiens est le résultat de l’usage répandu d’antibiotiques en agriculture intensive, afin de prévenir les coûteuses épidémies chez les animaux d’élevage, mais aussi du mauvais usage — voire de la surutilisation — des antibiotiques chez l’humain. Certains médecins prescrivent des antibiotiques pour soulager des symptômes de rhume ou de grippe, même si ces médicaments ne sont pas efficaces contre les virus.

De leur côté, les sociétés pharmaceutiques ne veulent pas investir dans la recherche et le développement coûteux de nouveaux antibiotiques parce que ces médicaments ne sont vendus que pour une courte période de temps, et parce que les nouveaux sont prescrits seulement lorsque les anciens ne sont pas efficaces.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a souligné l’urgence d’agir. Il a cité plusieurs exemples de maladies infectieuses qui deviennent difficiles à soigner, notamment une typhoïde résistante à plusieurs antimicrobiens qui se répand actuellement dans des régions d’Afrique. Il souligne par ailleurs une résistance croissante à certains médicaments contre le VIH-sida, et l’apparition d’une souche de tuberculose particulièrement résistante qui a été observée dans 105 pays.

Certains déplorent le manque de fermeté de la déclaration de l’ONU, qui aurait dû selon eux viser l’élimination des antibiotiques en agriculture et le financement de la recherche pour la mise au point de nouveaux médicaments.

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