The Associated Press

Pour la première fois de son histoire, l’ONU pourrait être dirigée par une femme alors que cinq candidates convoitent la succession de Ban Ki-moon.

La course à la Maison-Blanche est bien entamée, mais ce n’est pas le seul poste à la tête du monde qui demande à être pourvu: le secrétariat général de l’ONU est lui aussi convoité. Et tout comme aux États-Unis, il se peut que ce soit la première fois qu’une femme prenne les commandes de cette institution créée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

L’homme qui occupe ce poste, le Sud-Coréen Ban Ki-moon, verra son mandat se terminer le 31 décembre 2016. Bien que l’élection d’un – ou d’une – secrétaire général de l’ONU soit beaucoup moins tonitruante qu’un scrutin américain, la personne qui se hissera au sommet de l’ONU dirigera 193 pays membres.

«Les Nations unies demeurent le forum où le monde converge pour trouver des solutions communes à des problèmes communs. C’est aussi la table où s’assoit l’humanité pour forger la paix: ses faiblesses et ses échecs sont dangereux pour la planète», croit Shazia Z. Rafi, ancien secrétaire général de l’Action parlementaire globale, qui regroupe quelque 1350 législateurs originaires de 118 pays. «Le secrétaire général doit diriger avec cœur pour être capable d’amener les pays à travailler ensemble.»

Non seulement cette année marquera la première fois en 71 ans où les Nations unies obligeront les candidats à tenir des débats publics pour être élus, elle attestera aussi que les femmes prennent leur place au sein de l’institution.

Les choses pourraient changer, et pour le mieux, si on en croit les conclusions de la Harvard Business Review, qui a calculé que les femmes constituent de meilleures leaders que les hommes lorsqu’on évalue empiriquement leur performance. Ses recherches ont ainsi conclu que les femmes dépassaient leurs homologues masculins dans 12 des 16 compétences évaluées.

Paradoxalement, la présence des femmes au Conseil de sécurité – l’organe qui a la plus grande influence sur le choix du nouveau secrétaire général – est très limitée. N’apparaissent que deux femmes dans le boys’ club du Conseil: la première ministre britannique, Theresa May, et l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Samantha Power.

L’actuel secrétaire général Ban Ki-moon a lui même encouragé l’élection d’une femme à sa succession. «Nous avons plus de dirigeantes éminentes et distinguées qu’auparavant au sein de nos gouvernements, de nos communautés politiques, économiques et culturelles, jusque dans les moindres aspects de nos vies, a affirmé M. Ban. Il n’y a aucune raison pour que cela ne se traduise pas aux Nations unies.»

«Le Conseil de sécurité a montré que son esprit demeure dans un passé révolu où seul un homme pouvait devenir secrétariat général, a expliqué M. Rafi. La moyenne des trois derniers sondages indique que les hommes actuellement en lice récoltent quatre fois plus de votes que les femmes, même si les compétences et l’expérience de tous et de toutes sont équivalentes.»

Ainsi, selon le dernier coup de sonde mené le 29 août dernier au sein des 15 membres du Conseil de sécurité (5 permanents et 10 non permanents), le Portugais António Guterres était largement en tête, alors que les deux femmes les mieux positionnées dans les intentions de vote n’arrivaient que troisièmes ex æquo.

«Les Nations unies ont 70 ans; c’est une vie complète. Faisons en sorte qu’à l’avenir, dans l’autre vie que s’apprête à vivre l’ONU, son leadership soit assuré par des femmes de mérite, dotées des compétences nécessaires pour faire en sorte que l’institution fonctionne», a affirmé un collaborateur du womansg.org, qui milite pour qu’une femme prenne les rênes de la diplomatie mondiale.

Mais la Russie et les quatre autres membres permanents du Conseil – États-Unis, Royaume-Uni, France et Chine – ont tous le pouvoir de bloquer une candidature jusqu’à la décision finale, prévue en octobre.

Qu’importe si le prochain secrétaire général est un homme ou une femme: les défis auxquels il ou elle devra faire face seront les mêmes. «L’ONU subit des pressions budgétaires importantes qui limite grandement sa capacité à acheminer de l’aide à ceux qui en ont besoin et à répondre rapidement aux crises», analyse Richard Gowan, expert des Nations unies au sein du Conseil européen des relations internationales. «Mais le plus grand défi que l’organisation aura à relever est avant tout d’ordre politique, car les différences stratégiques entre les États-Unis, la Russie et la Chine mettent à mal le bon fonctionnement du Conseil et de l’ONU en général. Le ou la secrétaire général qui remplacera Ban Ki-moon devra trouver des moyens de faire baisser les tensions qui 
couvent entre les grandes puissances, à New York.»

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«Un système en échec»

Entrevue avec Richard Gowan, expert des Nations unies au Conseil européen des relations internationales

monde-richard-gowanQuelle importance revêt l’élection du secrétaire général de l’ONU?
Les Nations unies sont au front dans les crises les plus brutales du monde moderne, de la Syrie jusqu’au Soudan du Sud, et ses missions humanitaires et de maintien de la paix ont de la difficulté à répondre aux besoins. L’ONU a besoin d’un leader, homme ou femme, qui peut prendre en main un système en échec, parti à la dérive sous la gouverne de Ban Ki-moon.

Pensez-vous qu’il est temps qu’une femme dirige l’institution?
Il y a eu une vraie ferveur au sein du Conseil de sécurité pour qu’une femme soit élue à la tête de l’ONU. Au début, il semblait que les hommes avaient peu de chances. Mais en vérité, plusieurs des candidates ont performé moins bien que plusieurs l’avaient prédit, et ce, pour des raisons politiques. Irina Bokova est perçue comme étant trop proche de la Russie au goût des États-Unis et du Royaume-Uni. Et la favorite des Américains, Susana Malcorra, de l’Argentine, est évidemment aux prises avec le scepticisme de la Chine et des Russes. Aucune ne pourra gagner si elle n’apaise pas ces inquiétudes.

De quelles qualités un bon secrétaire général a-t-il besoin?
Vous devez être habile dans le circuit des conférences internationales. Un des principaux défis que devra relever le prochain chef est la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat, signé l’année dernière. Mais sa priorité absolue sera, à mon avis, de remettre en ordre les opérations de paix au Soudan du Sud et au Mali, où les Casques bleus échouent lamentablement jusqu’à maintenant.

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Les cinq meneurs

1. Antóniomonde-antonio-guteres Guterres
 – Portugal

Il a été haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés de juin 2005 à décembre 2015.

 

capture-decran-2016-09-22-a-10-07-46-am2. Miroslav Lajčák – 
Slovaquie

Ce diplomate est actuellement ministre des Affaires étrangères de la Slovaquie. Il a également été vice-premier ministre.

 

 

3. Irina Bmonde-irina-bokovaokova 
- Bulgarie

Elle est directrice générale de l’UNESCO depuis le 15 novembre 2009. Elle a été réélue pour un deuxième mandat en 2013.

 

 

capture-decran-2016-09-22-a-10-06-18-am4.Vuk Jeremić – 
Serbie

Il a été à la tête du ministère des Affaires étrangères de son pays de 2007 à 2012 et président de la 67e session de l’Assemblée générale des Nations unies entre septembre 2012 et septembre 2013.

 
5. Susanamonde-susana-malcorra Malcorra 
- Argentine

Elle est actuellement ministre argentine des Affaires  étrangères. Elle a été nommée chef de cabinet au sein de l’exécutif des Nations unies par Ban Ki-moon en mars 2012.

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