Une semaine après le passage de l’ouragan Matthew, Haïti peine toujours à se relever. Selon les Nations unies, 1,4 million de personnes ont besoin d’une aide matérielle immédiate, particulièrement dans les départements du Sud et de Grand’Anse. La catastrophe pourrait prendre encore plus d’ampleur au cours des prochains mois, puisque le retour du choléra et le manque de nourriture font craindre une crise à long terme.

Métro s’est entretenu lundi avec Cornelia Walther, directrice des communications pour l’UNICEF en Haïti, alors qu’elle se rendait à Jérémie, l’une des villes les plus dévastées par le cataclysme.

Qu’avez-vous observé depuis votre arrivée dans les zones directement touchées par Matthew?
La route entre Les Cayes et Jérémie présente un paysage de destruction impressionnant. Les arbres, les maisons et les champs sont détruits. Beaucoup de gens ont tout perdu et doivent camper en plein air. Ils manquent d’eau et de nourriture. Des centaines d’enfants ont été séparés de leurs parents dans la confusion. L’UNICEF [le Fonds des Nations unies pour l’enfance] et d’autres ONG procèdent à des distributions massives d’eau et de nourriture, mais la population s’impatiente.

Se dirige-t-on vers une crise humanitaire?
Je ne sais pas si on peut aller jusqu’à parler de crise, mais la situation est préoccupante. L’ouragan a ravagé les champs au moment où on s’apprêtait à faire les récoltes. Il y a donc un impact immédiat sur la sécurité alimentaire des familles dans les régions touchées, mais cela pourrait s’étendre à l’ensemble du pays. En temps normal, la capitale Port-au-Prince est ravitaillée en nourriture par ces régions agricoles.

Le choléra représente-t-il une menace sérieuse?
Le choléra est présent en Haïti depuis 2010 et l’UNICEF a travaillé extrêmement fort pour prévenir la propagation de la maladie et pour assurer un approvisionnement en eau propre. Malheureusement, toutes les conditions sont réunies pour que la situation empire. Beaucoup d’Haïtiens n’ont plus accès à l’eau potable et la situation sanitaire est déplorable, ce qui favorise la propagation de la maladie. Depuis jeudi dernier, des camions partent chaque jour de Port-au-Prince pour acheminer de l’eau propre dans les régions affectées, mais leur accès demeure difficile.

Après le tremblement de terre de 2010, beaucoup d’observateurs avaient critiqué le manque de coordination entre le gouvernement haïtien et les différentes organisations humanitaires. Qu’en est-il cette fois?
Je n’étais pas là en 2010, mais en ce moment nous travaillons main dans la main avec le gouvernement et ça se passe plutôt bien. L’État a pris les rênes au niveau de l’organisation des secours, de la répartition et de la coordination des différents intervenants. On semble avoir tiré des leçons de 2010 pour s’assurer que tout le monde aille dans la même direction.

Haïti fait souvent les manchettes en raison de catastrophe naturelle. Avez-vous peur qu’une lassitude s’installe et que le pays soit oublié de la communauté internationale?
Haïti doit rester en haut de l’agenda des ONG et de la communauté internationale si on ne veut pas perdre tout ce qui a construit depuis 2010. Dans les années qui ont suivi le séisme, on avait assisté à une baisse graduelle des donateurs. Cette situation ne doit pas se reproduire. Haïti doit rester sur le radar. Il faut faire tout ce que l’on peut pour que les droits élémentaires des enfants haïtiens soient respectés.

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