Alastair Grant Alastair Grant / The Associated Press

OTTAWA — L’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne pourrait être signé dans les prochains jours, le gouvernement belge ayant finalement réussi, jeudi, à dénouer l’impasse avec la région wallonne.

La ministre canadienne du Commerce international, Chrystia Freeland, a malgré tout fait preuve de prudence en réagissant à ce nouveau rebondissement dans la saga de l’Accord économique et commercial global (AÉCG).

«Ce matin, nous avons assisté à un développement positif, mais il reste encore plusieurs étapes à franchir», a-t-elle déclaré quelques heures après que lepremier ministre belge Charles Michel eut annoncé, jeudi matin, la conclusion d’une entente avec la Wallonie, qui détenait un droit de veto sur l’approbation de l’accord par la Belgique.

«Ce sont de bonnes nouvelles», a dit M. Michel. Il a expliqué que le nouveau texte fournissait des garanties aux agriculteurs et encadrait le mécanisme de règlement des disputes entre les entreprises et les gouvernements.

«Les accords commerciaux doivent être structurés de façon à ne pas affaiblir les souverainetés nationales, a affirmé Mme Freeland. Je veux être sûre que les Canadiens comprennent bien que ce développement ne signifie pas la fin du processus. Comme toute entente commerciale, la prochaine étape sera la ratification de l’AÉCG. Cela signifie un vote au Parlement européen qui se déroulera après la signature.»

Donnant une voix aux millions d’Européens qui s’opposaient à l’accord pour une multitude de raisons, le ministre-président de la Wallonie, Paul Magnette, avait déclaré plus tôt jeudi que sa résistance avait donné d’importants résultats.

«On s’est toujours battus pour avoir des traités qui renforcent les normes sociales, les normes environnementales, protègent les services publics, pour qu’il n’y ait pas d’arbitrage privé (pour la résolution de conflits), a-t-il indiqué. Tout cela sera désormais acquis.»

«Je suis désolé pour tous les Européens que nous avons fait attendre et pour nos partenaires canadiens. Mais si nous avons pris un peu de temps, ce que nous avons accompli ici est important, non seulement pour la Wallonie, mais pour tous les Européens», a-t-il ajouté.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a indiqué qu’il communiquerait avec le premier ministre canadien Justin Trudeau «seulement quand toutes les procédures auront été finalisées», permettant à l’Union européenne de signer un accord dont les détails ont mis sept ans à être peaufinés.

Différents observateurs semblaient partager jeudi la prudence affichée par la ministre Freeland.

Dans une note de recherche remise à ses clients, les Services économiques TD ont souligné que le sort de l’AÉCG demeurait «incertain».

«Si les partenaires ne s’attendent pas sur une réforme du système de règlement des litiges, l’AÉCG peut ne pas entrer en vigueur (on doit se souvenir qu’il ne suffit que d’un seul pays membre opposé à ce nouveau système de règlement des litiges pour invalider toute l’entente)», indique l’auteur de la note.

La présidente du Conseil des Canadiens, Maude Barlow, soutient elle aussi que «ce méli-mélo d’étranges compromis» n’assurera pas la victoire des partisans de l’entente.

«Un long chemin reste encore à parcourir pour que les partisans de l’accord puissent crier victoire, et aucune cérémonie officielle en présence de notre premier ministre à Bruxelles, aussi grandiose soit-elle, ne pourra changer cela», a-t-elle déclaré.

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