MONTRÉAL — Alors que la victoire de l’élection présidentielle américaine semble assurée à la démocrate Hillary Clinton, ce sont les résultats au Congrès qui donneront le ton de ses premières années au pouvoir, selon le chercheur Rafael Jacob.

Le politologue de la Chaire Raoul-Dandurand croit que le républicain Donald Trump ne peut tout simplement pas gagner, même si Mme Clinton peut avoir été quelque peu affectée par la réouverture de l’enquête de la police fédérale sur ses courriels.

Mais ce ne sera peut-être pas une victoire spectaculaire, indique M. Jacob. Il estime que Mme Clinton récoltera au moins 272 grands électeurs «dans le pire cas» — il en faut 270 pour remporter la présidence — et au maximum 347.

Ce serait donc moins que Barack Obama en 2008, lorsqu’il avait gagné 365 votes. Le résultat de Mme Clinton se rapprochera probablement du scrutin de 2012, alors que le président sortant avait récolté 332 votes.

Or, il reste deux courses importantes à surveiller: la Chambre des représentants et le Sénat, qui sont tous deux contrôlés par les républicains actuellement. Si les démocrates réussissent à renverser la tendance, surtout au Sénat, ils pourraient beaucoup aider Mme Clinton pendant sa présidence.

Le parti qui contrôle le Sénat a le pouvoir de nomination, de mise à l’agenda et d’enquête. Ainsi, avec un Sénat contrôlé par les démocrates, Hillary Clinton aura plus de facilité à nommer des juges à la Cour suprême et dans les autres cours fédérales.

«S’il y a une chose pour laquelle l’élection présidentielle de cette année est importante, c’est ça», a souligné M. Jacob.

Actuellement, il y a un siège vacant à la Cour suprême — celui d’Antonin Scalia, un juge conservateur. Barack Obama avait suggéré le nom du juge modéré Merrick Garland, mais le Sénat à majorité républicaine a refusé de se réunir pour confirmer sa nomination avant l’élection.

Deux autres juges du plus haut tribunal du pays sont aujourd’hui âgés de 80 ans et plus — la libérale Ruth Bader Ginsburg a 83 ans et le modéré Anthony Kennedy a 80 ans — ce qui ouvre la porte à d’autres potentielles nominations dans les prochaines années.

Ensuite, avec un Sénat majoritairement démocrate, Hillary Clinton pourrait arriver à mieux imposer ses propositions législatives.

«Mme Clinton, comme présidente, peut dire qu’elle propose des projets de loi, mais les leaders républicains peuvent dire non et proposer autre chose. La présidente peut se retrouver sur la défensive (…) pour déterminer si elle mettra son veto ou si elle signera (les lois). Toute la dynamique de pouvoir change», a-t-il expliqué.

Finalement, en contrôlant le Sénat, Mme Clinton pourrait compliquer les démarches des républicains qui souhaiteraient lancer d’autres enquêtes sur la gestion des courriels de l’ancienne secrétaire d’État.

«Si les démocrates allaient chercher la majorité au Sénat, ça compliquerait la tâche des républicains. La Chambre serait complètement isolée», a-t-il soutenu.

Pour arriver à reprendre la majorité au Sénat, les démocrates n’auraient qu’à arracher quatre sièges. «Je ne suis pas certain qu’ils vont aller les chercher. Leurs chances sont environ de 50-50», a affirmé M. Jacob.

Pour la Chambre des représentants, c’est encore plus difficile, car les démocrates devraient remporter 30 sièges de plus. «La Chambre, c’est pratiquement impensable que les démocrates la reprennent», a-t-il conclu.

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