Ivan Valencia Ivan Valencia / The Associated Press

BOGOTA — Le président colombien Juan Manuel Santos a signé jeudi un nouvel accord de paix avec le plus important groupe rebelle du pays, dans l’espoir de mettre fin à 50 ans d’hostilités.

M. Santos et le leader des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Rodrigo Londoño, ont paraphé l’entente de 310 pages au théâtre Colon, à Bogota, près de deux mois après que le premier accord eut été rejeté, contre toute attente, lors d’un référendum dont le résultat a ébranlé le pays.

La cérémonie de jeudi avait été organisée à la hâte et était nettement plus sobre que celle de septembre, quand les deux hommes avaient signé la première entente en présence de leaders étrangers et du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

Le nouvel accord comprend une cinquantaine de changements en réaction aux critiques formulées par l’ancien président Alvaro Uribe, qui jouit toujours d’une influence considérable. Ces modifications prévoient notamment qu’il sera interdit à des magistrats étrangers de juger les crimes des FARC ou du gouvernement. Les rebelles acceptent également de vendre des biens, dont certains acquis avec l’argent de la drogue, pour dédommager leurs victimes.

Les FARC ont toutefois refusé les demandes les plus musclées de l’opposition — des peines de prison pour les leaders qui ont commis des atrocités et des limites plus strictes à leur participation à la vie politique du pays.

Le président Santos semblait épuisé à la signature de l’accord, après avoir connu en l’espace de deux mois l’humiliation du référendum puis l’honneur de recevoir le prix Nobel de la paix.

Cette fois, l’entente sera immédiatement soumise au Congrès, sans consultation populaire.

«Nous ne pouvions pas repousser la mise en oeuvre une minute de plus», a déclaré le dirigeant colombien dans son allocution de jeudi — une référence à la précarité du cessez-le-feu.

«Dans 150 jours — seulement 150 jours —, toutes les armes des FARC seront entre les mains des Nations unies», a-t-il clamé, se méritant des applaudissements pour la première et dernière fois de son discours.

La mise en application de l’accord, qui est loin de susciter l’enthousiasme général, s’annonce pour le moins difficile. Le peuple colombien éprouve toujours de la rancune à l’égard du trafic de drogue et des enlèvements longtemps perpétrés par les rebelles.

Malgré l’économie anémique, le gouvernement devra par ailleurs démontrer sa capacité à garder le contrôle des zones rurales, où les quelque 8000 guérilleros risquent d’investir d’autres organisations criminelles ou encore l’Armée de libération nationale, un plus petit groupe rebelle.

Le processus de paix pourrait aussi entraîner une effusion de sang comme l’avait fait celui des années 1980, lorsque des milliers d’anciens rebelles, de responsables syndicaux et de militants communistes avaient été abattus par des miliciens d’extrême droite — parfois avec la collaboration d’autorités gouvernementales.

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