LA HAVANE — Fidel Castro, qui a mené l’armée rebelle cubaine dans une victoire improbable en défiant les dix présidents américains qui ont dû lui faire face, est mort vendredi à l’âge de 90 ans.

La voix tremblante, le président Raul Castro a annoncé à la télévision d’État le décès de son frère, qui a rendu l’âme à 22 h 29, vendredi. Il a conclu sa déclaration en scandant le slogan révolutionnaire: «Hasta la victoria siempre»! («Toujours vers la victoire»).

Conformément à sa volonté, la dépouille de Fidel Castro devait être incinérée dès samedi. Des funérailles nationales auront lieu le 4 décembre, après neuf jours de deuil national.

Le règne d’un demi-siècle de l’île située à quelque 145 kilomètres de son pays ennemi d’antan, les États-Unis, a été marqué par l’invasion de la Baie des Cochons soutenue par les États-Unis en 1961 et par la crise des missiles un an plus tard qui a poussé le monde au bord de la guerre nucléaire.

Fidel Castro, qui a dû faire face à l’embargo commercial américain, en plus d’avoir survécu à des dizaines de tentatives d’assassinat, s’est éteint dix ans après qu’une maladie grave l’eut forcé à céder les rênes du pays à son jeune frère, Raul.

Fidel Castro est né le 13 août 1926 à Biran, dans la province d’Oriente, d’un père d’origine espagnole qui a fait fortune dans le secteur de l’agriculture.

Le jeune Fidel a fréquenté les écoles jésuites avant de compléter un baccalauréat en droit et en sciences sociales à l’Université de La Havane.

Sa vie de rebelle a commencé en 1953, lorsqu’il s’en est pris à une caserne de l’armée de Moncada, à Santiago. La plupart de ses complices ont été tués, mais Fidel et son frère Raul ont été jetés en prison.

Libéré après avoir été gracié, Fidel Castro s’est exilé au Mexique pour organiser un groupe rebelle. C’est là qu’il a rencontré Ernesto «Che» Guevara.

En 1956, il revient à Cuba et trois ans plus tard, le dictateur Batista était renversé. Le 8 janvier 1959, des dizaines de milliers de Cubains avaient envahi les rues de la capitale pour apercevoir la caravane des rebelles de Fidel Castro.

Le gouvernement américain a été le premier a reconnaître le gouvernement de Fidel Castro, qui disait vouloir restaurer la démocratie.

En l’espace de quelques mois, Fidel Castro a imposé des réformes économiques radicales. Les membres de l’ancien gouvernement ont subi des jugements sommaires et au moins 582 d’entre eux ont été exécutés sur deux ans. Les journaux indépendants ont été fermés et à l’époque, les homosexuels étaient placés dans des camps pour se «rééduquer».

En 1964, Fidel Castro a reconnu qu’il détenait 15 000 prisonniers politiques. Des centaines de Cubains ont quitté le pays, dont la fille de M. Castro, Alina Fernandez Revuelta et sa plus jeune soeur, Juana.

Malgré cela, la révolution a enthousiasmé des millions de Cubains et a fait contagion en Amérique latine, qui voyait l’île communiste comme un exemple à suivre pour confronter les États-Unis.

Plusieurs Cubains se réjouissaient également de la nationalisation des terres et de l’expulsion des criminels américains et de leurs casinos.

Les discours de Fidel Castro, dont certains duraient jusqu’à six heures, sont devenus la trame sonore des Cubains et son allocution de 269 minutes à l’Assemblée générale des Nations unies en 1960 constitue toujours un record.

Alors que Castro se rapprochait du bloc soviétique, Washington a tenté de le renverser, notamment en coupant les exportations de sucre — une ressource importante à Cuba. M. Castro a répondu en confisquant un milliard $ US d’actifs américain.

Le gouvernement américain a fini par imposer un embargo commercial et il a rompu ses liens diplomatiques avec l’île.

Le 16 avril 1961, M. Castro a décrété que sa révolution était socialiste et le jour suivant, environ 1400 exilés cubains ont envahi la plage de la baie des Cochons, mais l’opération appuyée par l’Agence centrale du renseignement (CIA) a échoué.

Les États-Unis ont laissé tomber l’idée d’envahir Cuba, mais cela n’a pas empêché le gouvernement américain et les exilés cubains à vouloir sa peau. Selon les Cubains, Fidel Castro a été la cible de plus de 630 tentatives d’assassinat.

Au plus fort de la guerre froide, le règne de Castro sera ponctué par la crise des missiles, le 22 octobre 1962, après que le président américain John F. Kennedy eut annoncé qu’il y avait des missiles nucléaires soviétiques à Cuba. Après une semaine diplomatique tendue, le monde a pu reprendre son souffre lorsque le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev a retiré les missiles en question.

Après la fin de la guerre froide, plusieurs pays ont rétabli leurs relations avec Cuba. En janvier 1998, le pape Jean Paul II avait visité la nation, qui était officiellement athée jusqu’au milieu des années 1990.

Fidel Castro était flamboyant dans sa vie publique, mais il l’était moins dans sa vie privée. Lui et sa première femme, Mirta Diaz Balart, ont eu un fils avant de divorcer en 1956. M.Castro a passé ensuite quarante ans de sa vie avec Dalia Soto del Valle, avec qui il a eu cinq fils.

Lorsqu’il a décidé de céder le pouvoir à son frère, 49 ans après la révolution, il était le plus ancien dirigeant en exercice en excluant les monarques.

«J’aurai 90 ans bientôt. Bientôt, je serai comme les autres. Ce temps viendra pour nous tous, mais les idées des communistes cubains resteront sur cette planète», avait-il déclaré lors d’un congrès du Parti communiste, en avril 2016.

Quelques événements et dates clés:

– Après avoir tenté de mener une révolte infructueuse contre le dictateur Fulgencio Batista, il fut emprisonné en 1953 pour ensuite être relâché en 1955.

– Avec l’aide du commandant Che Guevara, il formera un groupe de révolutionnaires et renversera le régime de Batista en 1959, pour devenir, à l’âge de 32 ans, le plus jeune chef d’Amérique latine.

– En 1960, quelques mois après avoir pris le pouvoir, le «Lider Maximo» nationalise des raffineries de pétrole américaines et exproprie presque toutes les entreprises américaines.

– En 1961, Fidel Castro proclame le cratère socialiste de Cuba. La même année, c’est l’échec de la tentative de débarquement à la Baie des Cochons, d’exilés cubains anticastristes soutenus par la CIA.

– En 1962, le président Kennedy interdit toute importation en provenance de Cuba.

– En octobre 1962, c’est la crise des missiles. Moscou retire ses fusées de l’île, et en échange, le président américain John F. Kennedy convient de ne pas envahir Cuba.

– En mars 1968, le gouvernement de Castro prend possession de presque toutes les entreprises privées.

– En 1980, c’est l’exode de Mariel: Cuba annonce que n’importe qui peut quitter l’île, 125 000 Cubains partiront.

– En décembre 1991, la chute de l’URSS porte un coup très dur à l’économie du pays.

– En février 2008, Fidel Castro démissionne et remet officiellement le pouvoir à son jeune frère Raul.

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