BERLIN — Le trafic de migrants rapporte des millions d’euros à des villes de la côte libyenne, prévient un rapport confidentiel du commandant de la force militaire européenne dans la Méditerranée.

Dans un document remis aux 28 membres de l’Union européenne, le contre-amiral Enrico Credendino explique que «le trafic de migrants, qui prend sa source loin des frontières libyennes, demeure une source importante de revenus pour les habitants des villes de la côte libyenne, générant des revenus annuels d’entre 275 et 325 millions d’euros».

Le rapport, qui a été remis aux membres de l’UE mercredi et dont l’Associated Press a obtenu copie, met en lumière à quel point le trafic de migrants vers l’Europe est au coeur de l’économie de la Libye, un pays déchiré par les conflits.

Le document ne détaille pas comment le montant a été calculé et les dirigeants européens n’ont pas immédiatement répondu à une demande de commentaires. Des dizaines de milliers de migrants partis de la Libye à bord de rafiots ont été secourus dans la Méditerranée cette année, souvent après avoir versé des centaines ou des milliers d’euros aux passeurs.

Le rapport évalue l’impact de l’opération Sophia, une mission navale qui vise à bloquer le flot de migrants vers l’Europe, entre le 1er janvier et le 31 octobre.

L’amiral Credendino souligne que des groupes islamistes participent à ce trafic, qui débute souvent loin dans le Sahel africain. Al-Qaïda et Al-Qaïda au Maghreb islamique se seraient ainsi alliés à la tribu touareg du sud-ouest de la Libye à cette fin.

Il ajoute que rien ne permet de conclure que des extrémistes essaient d’entrer en Europe parmi les réfugiés.

L’Organisation internationale pour les migrations estime que 4690 personnes sont mortes dans la Méditerranée cette année, ce qui en fait l’année la plus meurtrière jamais vue à ce chapitre. Près de 350 000 réfugiés ont rejoint le continent.

Les responsables de l’opération Sophia ont récemment entrepris de former des dizaines de gardes-côtes libyens dans l’espoir d’intercepter les passeurs plus près des côtes du pays, où la mission européenne ne peut se rendre pour des raisons juridiques. L’amiral Credendino a dit qu’une garde-côtière libyenne efficace permettrait de sauver encore plus de vies.

Il a ensuite révélé que les passeurs semblent de plus en plus se diriger intentionnellement vers les navires déployés par les organisations humanitaires pour secourir les migrants.

L’économie libyenne s’est effondrée depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Par ailleurs, la police allemande a entrepris de resserrer ses contrôles des trains de marchandises qui arrivent au pays depuis l’Autriche, après la découverte de dizaines de migrants passagers clandestins. La police de Bavière a enregistré tout près de 200 personnes qui sont arrivées de cette manière en Allemagne en octobre et en novembre — parfois en s’agrippant au dessous des wagons.

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