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Au printemps, une bombe journalistique explosait: les Panama Papers. Grâce à une source secrète très prolifique, un pool de journalistes du monde entier dévoilait en avril les comptes secrets de milliers de clients du quatrième plus gros cabinet en droit offshore du monde : Mossack et Fonseca. Cette enquête d’envergure aurait eu un retentissement encore plus grand sans le côté un peu rébarbatif des mécanismes d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent. Métro vous vulgarise tout cela et vous offre en prime une mise à jour des différentes enquêtes par l’un des deux journalistes allemands à l’origine de tout: Bastian Obermayer.
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À la base de l’enquête, 11,5 millions de fichiers internes (courriels internes, bases de données, PDF, contrats…) issus des 40 bureaux internationaux du cabinet panaméen. Ils sont offerts gratuitement aux deux journalistes allemands par un lanceur d’alerte resté anonyme, car il ne voulait pas finir en exil comme Edward Snowden. La quantité de données est tellement énorme que les journalistes font rapidement appel au Consortium international de journalisme d’investigation.

«À ce jour, 470 journalistes issus de 80 pays ont participé à l’enquête en décortiquant les fichiers», souligne Bastian Obermayer. Avec Frederik Obermaier, son collègue au Süddeutsche Zeitung, cela aura représenté 18 mois de travail et l’achat de 36 000$ de matériel informatique, «mais le travail en valait la peine», assurent les auteurs du livre Le secret le mieux gardé du monde.

Acteurs douteux
Des dirigeants corrompus qui pillent les ressources de leurs pays et les cachent à l’étranger. Des mafieux en quête de blanchiment d’argent. Des entreprises qui ont besoin de fonds occultes pour payer des pots-de-vin et gagner des contrats. Des terroristes qui veulent contourner les embargos pour acheter des armes. Des millionnaires, des stars ou des sportifs souhaitant éviter l’impôt. Des grandes banques complices d’évasion fiscale et par-dessus tout, un cabinet d’avocat panaméen qui est prêt à fermer les yeux pour s’attirer toujours plus de clients, même si posséder un compte dans un paradis fiscal n’est pas forcément illégal.

Pour brouiller les pistes, les 
500 employés de Monsack-Fonseca ont créé pour leurs clients près de 
214 000 sociétés offshore souvent dirigées par des prête-noms pour camoufler l’identité des vrais propriétaires. La plus «célèbre» de ces prête-noms est Leticia Montoya, une brave inconnue qui était artificiellement chef de 
25 000 entreprises, alors qu’elle n’était payée que 500 $ par mois par le cabinet.

Des têtes tombent… parfois
Au moins 450 noms connus sont dévoilés par l’enquête, dont celui du premier ministre d’Islande, Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, qui doit démissionner, mais aussi ceux des présidents de l’Ukraine et de l’Argentine, ainsi que ceux des dirigeants d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Pakistan. Des proches de Vladimir Poutine et du roi Mohamed VI, de Bachar el-Assad, sont aussi épinglés comme de potentiels prête-noms pour les chefs d’État concernés. L’enquête s’attarde aussi au «régime mafieux» de la Fédération internationale de football (FIFA), où les principaux dirigeants auraient utilisé les paradis fiscaux pour masquer les pots-de-vin reçus en échange des droits de retransmission des matchs. Même la commission d’éthique de la FIFA était noyautée, notent les auteurs.

Et les sommes récupérées? «Jusqu’ici, quatre pays ont récupéré 146 M$ et ça va grimper rapidement», affirme Bastian Obermayer. Quant à MM. Monsack et Fonseca, ils restent intouchables en vertu de la loi panaméenne. «Mais le 
président du pays nous a indiqué en entrevue que M. Fonseca ferait face à la justice», 
précise le journaliste allemand. Le cabinet a démantelé neuf bureaux à l’étranger, fait face à des poursuites au Venezuela et a reçu une amende de 584 000$ aux îles Vierges.

Les leçons
Les Panama Papers sont la plus grosse fuite de documents liés aux paradis fiscaux, mais pas la première. Dans plusieurs cas précédents, les lanceurs d’alerte n’ont pas eu la vie facile. Même s’il a évité la prison, l’informaticien français Hervé Falciani, 
qui a subtilisé les données de 
130 000 titulaires de comptes de la Banque HSBC dans les paradis fiscaux, a été reconnu passible de cinq ans de prison par la Suisse pour espionnage économique.

Quant aux trois protagonistes derrière les LuxLeaks, deux d’entre eux ont été reconnus coupables cet été. Les deux anciens employés du cabinet comptable PricewaterhouseCoopers à l’origine de la fuite ont reçu de 9 à 12 mois de prison avec sursis. Ils ont fait appel et continuent de revendiquer le statut de lanceur d’alerte. «Il faut des lois qui se concentrent plus sur l’intérêt public et moins sur le fait de savoir si les documents ont été volés ou non», croit Bastian Obermayer.

Dans ce genre d’affaires, les journalistes se retrouvent eux aussi sur la brèche. Journalistes virés au Venezuela et à Hong-Kong. Menaces téléphoniques au Niger et en Turquie. Poursuites juridiques contre des médias en Espagne et en Mongolie. Attaques de hackers en Tunisie, alors qu’en Équateur, c’est le président lui-même qui a intimidé sur Twitter les journalistes d’investigation ayant participé à l’enquête.

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