Mikhail Klimentyev Mikhail Klimentyev / The Associated Press

BEYROUTH — Un accord de cessez-le-feu entre le gouvernement de la Syrie et les principaux groupes rebelles du pays est entré en vigueur à minuit, jeudi.

La trêve avait été négociée par la Russie et la Turquie, qui appuient des parties opposées dans la guerre.

L’entente représente une percée potentielle dans la guerre civile qui dure depuis six ans et qui a fait plus d’un quart de million de morts.

Le président russe Vladimir Poutine a indiqué que si la trêve était respectée, elle serait suivie de négociations de paix le mois prochain, au Kazakhstan, entre le gouvernement du président syrien Bachar el-Assad et les groupes d’opposition.

Plus tôt dans la journée, jeudi, M. Poutine avait ordonné à l’armée russe de réduire sa présence en Syrie, où Moscou apporte un soutien crucial au président Bachar el-Assad.

L’armée syrienne avait aussitôt annoncé qu’elle respecterait le cessez-le-feu jeudi soir. Dans une déclaration retransmise par l’agence de nouvelles SANA, l’état-major avait soutenu que le cessez-le-feu faisait suite «aux succès accomplis par les forces armées», faisant apparemment référence à la reprise, plus tôt ce mois-ci, des environs d’Alep, tenus jusque-là par les forces rebelles.

Le président Poutine n’a pas voulu indiquer le nombre de soldats russes retirés, mais il a assuré son soutien indéfectible au président Assad et le désir de la Russie de poursuivre la lutte contre «le terrorisme international en Syrie».

M. Poutine a précisé que la Russie et la Turquie, qui appuie l’opposition, agiraient à titre de garants de la trêve.

Le ministre russe de la Défense, Sergeï Choïgu, a affirmé que l’armée avait mis en place une ligne téléphonique d’urgence avec l’armée turque pour surveiller le respect de la trêve. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a mentionné de son côté que le président désigné des États-Unis, Donald Trump, serait le bienvenu à la table des négociations. Il a aussi indiqué que l’Égypte serait invitée à se joindre aux pourparlers de paix, tout comme l’Arabie saoudite, le Qatar et la Jordanie.

Un porte-parole du président turc, Recep Tayyip Erdogan, a précisé que l’accord prévoyait «d’étendre à d’autres régions du pays le cessez-le-feu intervenu à Alep, d’assurer une aide humanitaire ininterrompue et de relancer le processus politique».

M. Erdogan a cependant précisé que le cessez-le-feu ne s’applique pas aux zones occupées par des organisations terroristes, et que la Turquie poursuivrait son offensive militaire pour chasser les militants de Daech qui se trouvent à la frontière nord de la Syrie.

Feuille de route

L’Associated Press a appris que l’accord de cessez-le-feu couvre tout le territoire de la Syrie qui est occupé par l’opposition «modérée», y compris les banlieues est de la capitale, Damas. La trêve doit être aussi en vigueur dans des zones où existe une faction liée à al-Qaïda.

L’accord prévoit aussi que l’opposition pourra choisir elle-même sa délégation aux pourparlers de paix, qui se tiendront dans la capitale kazakhe, Astana. Les négociations débuteront au cours du mois suivant le cessez-le-feu réel, et seront tenues en accord avec la résolution de décembre 2015 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette résolution 2254 appuyait le principe d’une feuille de route vers une période de transition en Syrie, notamment des élections législatives et présidentielle après 18 mois.

Un conseiller de l’envoyé spécial des Nations unies en Syrie a indiqué que ces négociations pourraient s’amorcer avant que le président désigné américain, Donald Trump, ne prête serment le 20 janvier.

Un important groupe d’opposition en Syrie a apporté son soutien à l’accord de cessez-le-feu et promis que les factions modérées le respecteront — mais se défendront si elles sont attaquées. Ahmad Ramadan, de la Coalition nationale syrienne, a précisé que l’accord de jeudi prévoyait notamment l’arrêt des frappes aériennes et des bombardements.

En soirée, un porte-parole kurde a annoncé que des groupes kurdes et leurs alliés arabes et chrétiens avaient approuvé un document qui servirait de constitution pour une région autonome dans le nord de la Syrie.

Le premier ministre turc a cependant prévenu que les milices kurdes de Syrie, appuyées par les États-Unis, ne pourraient participer aux éventuels pourparlers de paix. Binali Yildirim a indiqué jeudi aux journalistes que «tout groupe que nous considérons comme terroriste» ne pourra participer aux négociations, y compris le Parti de l’union démocratique (PYD), qu’Ankara considère comme une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit.

Par ailleurs, le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué en soirée jeudi qu’un mortier avait explosé à l’intérieur de l’enceinte de l’ambassade à Damas. La porte-parole, Maria Zakharova, a soutenu que le mortier avait été tiré d’un quartier tenu par les rebelles et qu’il était tombé près d’une entrée de l’ambassade russe. On ne signalait aucun blessé ni dommages importants. Il s’agissait du second tir de mortier à toucher l’ambassade russe à Damas en autant de jours. La veille, un mortier était tombé dans la cour sans exploser.

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