The Associated Press Recep Tayyip Erdogan.

ANKARA, Turquie — Une commission parlementaire a approuvé vendredi une série de réformes constitutionnelles qui accorderaient au président de Turquie beaucoup plus de pouvoirs.

En vertu de ces modifications à la Constitution turque, la présidence ne serait plus une fonction strictement officielle. Le président obtiendrait en fait tous les pouvoirs exécutifs de l’État turc. L’assemblée législative devra se prononcer en janvier sur ces modifications, qui pourraient faire ensuite l’objet d’un référendum au printemps.

Les modifications à la Constitution accorderaient au président turc le pouvoir de nommer le gouvernement, de maintenir ses liens avec son parti, de proposer les budgets et de décréter l’état d’urgence. Elles permettraient par ailleurs au président actuel, Recep Tayyip Erdogan, de demeurer en poste pendant encore deux mandats, jusqu’en 2029.

Le président Erdogan, qui a auparavant été premier ministre, souhaite depuis longtemps un régime présidentiel, qui donnerait selon lui plus de flexibilité au chef de l’État afin de hisser la Turquie au rang des 10 superpuissances mondiales d’ici 2023, alors que la république fondée par Atatürk célébrera son 100e anniversaire.

Mais certains craignent que de telles modifications constitutionnelles permettraient à M. Erdogan, déjà accusé d’autoritarisme, de gouverner sans réel contre-pouvoir.

Les propositions de modifications ont été adoptées après 10 jours d’intenses débats au sein de la commission constitutionnelle, composée de membres du parti au pouvoir et de l’opposition. Les 21 articles d’abord soumis à la commission ont été ramenés à 18.

Le Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, estime que ces modifications équivalent à un «changement de régime» constitutionnel. «Cette (nouvelle) constitution anéantira les acquis de 100 ans de république démocratique (…) et créera un État tyrannique», a estimé le député Bulent Tezcan.

Le président Erdogan jouit d’un certain regain de popularité depuis le coup d’État militaire raté de juillet dernier. Il a par la suite opéré une purge dans l’administration et les institutions publiques.

Ainsi, vendredi encore, le gouvernement a fermé 94 associations qui auraient des liens avec des organisations terroristes, en vertu de l’état d’urgence décrété après la tentative de putsch. Cette nouvelle opération porte à 1400 le nombre d’associations démantelées par le gouvernement turc depuis juillet.

Le même jour, un journaliste d’enquête bien connu en Turquie a été emprisonné en attendant son procès pour «propagande terroriste», selon l’agence de nouvelles d’État, Anadolu. Ahmet Sik, qui travaille pour le quotidien d’opposition Cumhuriyet, avait passé un an en prison en 2011 pour un complot présumé visant à renverser le gouvernement. La Cour européenne des droits de l’Homme a plus tard conclu que ses droits avaient été violés.

Selon le Comité international pour la protection des journalistes, 81 reporters turcs étaient emprisonnés au 1er décembre dernier, soit le nombre le plus élevé enregistré dans un seul pays.

Aussi dans Monde :

blog comments powered by Disqus