Emrah Gurel/Associated Press Des partisans de Devlet Bahceli, le chef de l’opposition du Parti du mouvement nationaliste, qui soutient le président Recep Tayyip Erdogan, étaient réunis hier à Istanbul, en Turquie.

Le 16 avril, les Turcs seront appelés à donner leur avis sur une réforme constitutionnelle majeure qui accorderait de nouveaux pouvoirs au président Recep Tayyip Erdogan, tandis que les électeurs de la diaspora turque ont déjà commencé à voter.

Afin d’éclairer les principaux enjeux de ce scrutin, Métro s’est entretenu avec Oya Dursun-Ozkanca, professeure de science politique et directrice du programme d’études internationales au Elizabethtown College, aux États-Unis.

Comment résumeriez-vous ce référendum?
C’est un vote pour ou contre le passage d’un système parlementaire à un système présidentiel.

Quels sont les arguments pour et contre?
Ceux qui sont pour le changement estiment que la prise de décision sera simplifiée avec le nouveau système et qu’elle apportera de la stabilité, en fusionnant les rôles de chef de l’État et du gouvernement. L’actuel système parlementaire a vu passer plusieurs gouvernements de coalition sans vraiment durer.
Les opposants jugent que la réforme affaiblira fortement l’équilibre du pouvoir, ce qui mènera à plus d’autoritarisme dans la politique intérieure. Ils s’inquiètent que l’exécutif n’ait plus de comptes à rendre. Ils craignent aussi qu’avec les nouveaux pouvoirs présidentiels, qui vont de déclarer l’état d’urgence à dissoudre le Parlement, le pouvoir judiciaire soit sapé.

À quoi peut-on s’attendre des relations entre la Turquie et l’Union européenne [UE] si le «oui» l’emporte?
Le 13 mars, le commissaire responsable de la Politique européenne de voisinage et des négociations de l’élargissement, Johannes Hahn, a commenté le récent rapport de la commission de Venise [un organe du Conseil de l’Europe qui offre une assistance sur les questions constitutionnelles] sur les modifications du système politique turc.Il souligne que la transition d’un système parlementaire vers un système présidentiel fragilise l’équilibre du pouvoir, érode l’indépendance judiciaire et la surveillance de l’exécutif, et donne beaucoup de pouvoir au président par rapport aux députés.

Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, et Johannes Hahn ont tous deux affirmé que les changements proposés iraient contre la démocratie en Turquie. Ils ont par ailleurs souligné qu’organiser ce référendum alors que la Turquie est sous l’état d’urgence – déclaré après un coup d’État militaire avorté le 15 juillet dernier – le rend encore plus problématique.

«La population est très divisée. Plusieurs sondages attestent un écart très faible entre ceux qui appuient la réforme et ceux qui s’y opposent.» –Oya Dursun-Ozkanca, professeure de science politique au Elizabethtown College

Campagne houleuse en Europe

Ankara avait fait campagne dans plusieurs pays, notamment dans l’UE, qui accueille une grande partie de la diaspora. Mais plusieurs ont bloqué la tenue de rassemblements, générant des tensions diplomatiques.

Erdogan a accusé l’Allemagne et les Pays-Bas d’utiliser des «pratiques nazies» ou «terroristes». La chancelière Angela Merkel lui a répliqué que ces rassemblements seraient autorisés s’ils respectent la loi allemande.

«L’UE était déjà inquiète du glissement autoritaire d’Ankara et des coups assénés à la liberté d’expression, explique Mme Dursun-Ozkanca. Le nouveau système politique autoriserait le président à rester à la tête de son parti. Les critiques craignent que l’exécutif ait trop de pouvoir par rapport à la branche législative.»

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