Fernando Llano Fernando Llano / The Associated Press

CARACAS, Venezuela — Au moins 12 personnes sont mortes, dans la nuit de vendredi à Caracas, lors d’émeutes et de pillages qui secouent le Venezuela depuis deux jours.

Selon les autorités, la plupart des victimes ont perdu la vie dans le quartier ouvrier d’El Valle, près de la plus importante base militaire de Caracas. L’opposition au régime soutient que 13 personnes ont notamment reçu une décharge électrique en tentant de piller une boulangerie protégée par une clôture électrique.

Plusieurs quartiers de la capitale sont le théâtre depuis deux jours d’importantes manifestations d’opposition au président Nicolas Maduro, du Parti socialiste unifié.

Les résidants d’El Valle ont entendu des rafales de coups de feu et ont vu des barricades incendiées dans les rues. Une quinzaine de commerces auraient été pillés. Au milieu du chaos, des mères et des nouveau-nés ont dû être évacués de la maternité Hugo-Chavez, qui a été soudainement plongée dans les gaz lacrymogènes.

Selon les autorités, les violences ont fait onze morts dans le quartier d’El Valle, tous des hommes âgés de 17 à 45 ans; une douzième victime a été recensée à El Sucre, dans l’est de Caracas. Six personnes ont par ailleurs été blessées dans les incidents.

Les leaders de l’opposition blâment le gouvernement pour la répression violente des manifestations alors que la police laisse faire le pillage, selon eux. La ministre des Affaires étrangères, Delcy Rodriguez, a soutenu de son côté que des groupes armés contrôlés par l’opposition sont responsables des violences autour de la maternité.

Selon les autorités, l’une des victimes, Mervins Guitian, a été prise entre deux feux, tard jeudi soir, alors qu’il rentrait chez lui après le travail.

Les médias sociaux vénézuéliens ont montré toute la nuit des blindés légers patrouillant dans les rues sombres de la capitale pour tenter de déloger des poches de résistance dans plusieurs quartiers.

L’opposition n’a pas l’intention d’abandonner et exige toujours la tenue de nouvelles élections, à la suite de la décision de la Cour suprême, il y a trois semaines, de retirer au Congrès les derniers pouvoirs qu’il détenait encore. Cette décision, dénoncée par la communauté internationale, a ensuite été infirmée.

Les manifestants dénoncent le gouvernement du successeur d’Hugo Chavez, qui serait essentiellement devenu selon eux une dictature, responsable d’une inflation galopante, d’une hausse de la criminalité et de pénuries alimentaires dans le pays.

Une nouvelle manifestation était prévue pour samedi, et on annonce le blocage d’artères majeures lundi.

Par ailleurs, le constructeur automobile américain General Motors a annoncé jeudi qu’il cessait ses activités au Venezuela à la suite de la saisie par les autorités de son usine à Valencia. Ce geste pourrait amener l’administration Trump à se mêler de la crise. Plusieurs gouvernements d’Amérique latine — dont le Mexique, l’Argentine et le Brésil — ont déjà demandé au Venezuela de maintenir la démocratie et de mettre fin aux violences dans le pays.

Le gouvernement a reporté l’an dernier les élections régionales alors que l’opposition se disait certaine de l’emporter, et il a muselé un mouvement qui exigeait le départ du président Maduro avant les élections prévues pour la fin de 2018. Nommé président par intérim à la suite du décès d’Hugo Chavez, en mars 2013, Nicolas Maduro avait remporté l’élection présidentielle quelques semaines plus tard.

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