The Associated Press Le militant Santiago Maldonado est porté disparu en Argentine depuis le 1er août après avoir appuyé les indigènes Mapuche dans leur conflit territorial avec l’entreprise Benetton.

Le 30 août est la journée internationale des victimes de disparitions forcées, aussi connu sous le nom de journée internationale des personnes disparues.

Partout dans le monde, des dissidents politiques, des activistes ou de simples citoyens sont arrêtés arbitrairement, détenus, torturés, et parfois tués, avec la complicité de leur gouvernement, hors du système judiciaire, et dans le plus grand secret. Pour leurs proches, ils sont tout simplement disparus.

Métro s’est entretenu avec Adriana Pozos, candidate au doctorat en sciences politiques à l’UQAM, qui consacre ses recherches au processus de politisation des disparitions forcées au Mexique.

D’où provient le phénomène des disparitions forcées?
La disparition forcée est une technique de contrôle de la population qui a été élaborée à la fin des années 1960 comme technique contre-insurrectionnelle en Amérique latine, dans le cadre de la lutte contre les guérillas communistes. Son utilisation varie selon les pays et les époques. Par exemple, au Mexique, le phénomène est apparu dans les années 1970 pour lutter contre la dissidence politique. De nos jours, on l’utilise aussi pour contrer les mouvements d’opposition à certains mégaprojets ou contre n’importe qui s’opposant aux narcotrafiquants. C’est une technique qui a été récupérée par les groupes criminels, mais pour parler de disparition forcée, il faut absolument la participation directe ou la complicité de personnes ayant un lien avec l’État. Ça peut-être des fonctionnaires, des membres de la police ou de l’armée, etc.

Quels effets visent ceux qui utilisent cette technique?
La peur, mais aussi la démobilisation. En visant le leader d’un groupe subversif, d’un mouvement social ou d’un peuple autochtone, on veut anéantir la volonté de la population et faire baisser le niveau de mobilisation. On cherche à créer un climat de peur et à isoler les proches du disparu. Les disparitions forcées contribuent aussi à l’impunité des gouvernements. Plutôt que d’amener un dissident devant la cour pour le juger, on le fait disparaître. Et puisqu’il n’y a de pas de corps, il n’y a pas de délit à prouver.

Ces personnes disparues ont-elles été assassinées?
C’est possible, mais en droit, tant qu’il n’y a pas de corps, on ne peut pas déclarer une personne morte. Une personne disparue n’a aucun statut juridique. Elle n’est pas présente pour régler sa succession, mais on ne peut pas la déclarer morte sans preuve. Ce flou juridique vient ajouter aux souffrances des familles touchées.

Comment peut-on lutter contre cette pratique?
Les disparitions forcées sont considérées comme des crimes contre l’humanité par le droit international. Elles sont donc interdites par les conventions internationales, mais ces instruments ont un pouvoir limité. La solidarité internationale est donc très importante. Des journées comme celle d’aujourd’hui sont très utiles pour attirer l’attention des populations et faire pression sur les gouvernements pour que des clauses garantissant le respect des droits humains soient inclues dans les accords commerciaux, comme l’ALÉNA.

Peut-on faire un parallèle entre ce phénomène et le cas des femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada?
Il est difficile de se prononcer puisque jusqu’à maintenant, rien ne prouve la participation de l’État canadien dans la disparition des femmes autochtones. Pour parler de disparition forcée, il faut absolument prouver l’implication des agents de l’État et ce n’est pas le cas au Canada. Par contre, comme en Amérique latine, ce sont les personnes les plus vulnérables de la société, en l’occurrence les femmes autochtones, qui sont particulièrement touchées par les disparitions.

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