TOKYO — Les nouvelles sanctions imposées lundi à la Corée du Nord par le Conseil de sécurité des Nations unies feront mal au régime de Kim Jong-un, croient plusieurs experts, et ce même si elles ne touchent pas le pétrole dont le pays a besoin pour survivre et alimenter son armée gigantesque.

Même si les États-Unis réclamaient un embargo total sur les importations de pétrole par le Nord, les sanctions imposées par l’ONU à Pyongyang pour son sixième essai nucléaire limitent ces importations à leur niveau des 12 derniers mois, soit environ quatre millions de barils.

Les exportations de textiles nord-coréens sont dorénavant interdites et il est interdit aux autres nations d’octroyer des permis de travail aux ouvriers nord-coréens, ce qui anéantit deux sources de revenus importantes pour le régime totalitaire.

Les mesures adoptées à l’unanimité lundi interdisent également à la Corée du Nord d’importer des liquides et des condensats de gaz naturel, en plus de plafonner à deux millions de barils par année les importations de produits pétroliers raffinés.

Selon les données douanières chinoises, Pyongyang importe près de 2,2 millions de barils de produits pétroliers par année, mais des responsables américains croient que la quantité réelle est plutôt de 4,5 millions de barils par année. Cela veut donc dire que le plafond de deux millions de barils par année retranchera soit 10 pour cent, soit 50 pour cent aux importations nord-coréennes.

David von Hippel, un analyste du groupe de recherches Institut Nautilus qui s’est intéressé de près à la Corée du Nord, doute de l’impact des sanctions sur le pétrole.

«Les sanctions sur le textile risquent de faire plus mal, puisqu’elles sont probablement une bonne source de revenus à valeur ajoutée — la valeur ajoutée par des employés qui ne gagnent pas grand-chose — pour le régime, a-t-il expliqué. Mais je ne crois pas qu’elles auront un grand impact sur les programmes nucléaires ou de missiles, compte tenu de la priorité que leur accorde le leadership (de la Corée du Nord).»

Un rapport de Nautilus cosigné plus tôt ce mois-ci par M. Von Hippel concluait que même une réduction importante des exportations chinoises de pétrole vers le Nord n’aurait probablement qu’un impact mitigé sur ses activités nucléaires, puisque Pyongyang dispose vraisemblablement de réserves solides. Le rapport estime que les réserves de la Corée du Nord seraient suffisantes pour alimenter l’armée pendant une année normale, ou pendant un mois en cas de conflit.

Certains signes — comme une réduction de l’offre et une explosion des prix — portent à penser que le Nord a déjà commencé à détourner le pétrole loin des stations-service et des consommateurs.

Rajiv Biswas, l’économiste en chef pour la région Asie Pacifique chez IHS Markit, est lui aussi d’avis que la Corée du Nord pourra survivre à une réduction de ses importations.

«Les nouvelles sanctions de l’ONU sur les exportations de pétrole vers le Nord sont modestes comparativement aux propositions américaines originales, et il est peu probable qu’elles aient un impact sur les activités de l’armée nord-coréenne», a-t-il dit.

Il a ajouté que la Corée du Nord reçoit actuellement de la Chine suffisamment de carburant pour continuer à fonctionner.

Les nouvelles sanctions auront néanmoins un impact sur l’économie de Pyongyang. La valeur des exportations de textiles a totalisé 750 millions $ US en 2016, et des dizaines de milliers de Nord-Coréens renvoient au pays les salaires gagnés à l’étranger. Les nouvelles mesures frappent aussi les coentreprises, ce qui pourrait freiner la capacité du Nord à commercer et à acquérir des fonds et du savoir.

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