Des centaines de Françaises font front commun sur Twitter pour dénoncer le harcèlement sexuel et les agressions dont elles ont été victimes. Leurs témoignages, encouragés par l’affaire Weinstein, forment un véritable mouvement: #BalanceTonPorc.

«[Le harcèlement sexuel en milieu de travail], ça a atteint tous les milieux, c’est devenu un fléau. Les femmes, les hommes, les gais, les lesbiennes, les hétéros en sont victimes», s’insurge Sandra Muller, l’instigatrice du mot-clic, en entrevue avec Métro.

«Choquée» par les nombreuses accusations à l’endroit d’Harvey Weinstein, et surtout par le fait que «tout le monde était au courant» des agissements du producteur, la journaliste française s’est tournée vers Twitter afin d’encourager ses collègues du monde médiatique à parler des actes inappropriés dont elles ont été victimes.

Est donc né le mot-clic #BalanceTonPorc, des mots choisis délibérément pour leur connotation «agressives» et «drôles».

À la demande de quelques hommes, le mot-clic #BalanceTaTruie a été créé pour inciter les victimes masculines à joindre leur voix au mouvement. 

Quelques heures plus tard, le mot-clic est devenu le deuxième sujet le plus partagé en France. Des dizaines de journalistes et d’animatrices ont parlé de leurs expériences: des histoires beaucoup plus violentes que celles auxquelles Sandra Muller s’attendait.

«Le vocabulaire, les mots [rapportés] sont crus. Mais bon, [les harceleurs] font rarement dans la dentelle», réagit-elle. 

En effet, les témoignages poignants continuent à s’accumuler sur le réseau social.

«Un confrère dans une rédaction: “Ah non, je vais pas te conduire là-bas. Si tu montes dans ma voiture, j’aurai envie de te violer.”», écrit la journaliste Elisabeth Philippe.

«Animateur-producteur télé dont je refusais les avances “tu ne bosseras plus jamais petite pute! Plus jamais tu m’entends??!!!!”» publie l’actrice et chroniqueuse française Julia Molkhou.

«Avec ta voix de chaudasse tu devrais songer à faire autre chose que de la radio, si tu vois ce que je veux dire», dénonce Linda Achour, une journaliste française habitant à Montréal.

Samedi, Amandine Rebourg, journaliste pour LCI, a joint sa voix aux centaines de femmes qui dénoncent la situation sur Twitter. «Je découvre des témoignages d’une extrême gravité», confie-t-elle à Métro. Après en avoir discuté avec une collègue, elle décide de partager son expérience, elle aussi.

Un nouveau mouvement serait-il en train de naître? Si oui, ça ne serait pas causé par la surprise engendrée par les nouvelles révélations. «C’est l’effet de masse, d’un coup, qui donne l’impression de mouvement, mais dans certains cas, les histoires étaient connues des supérieurs, des collègues, des ami(e)s… C’est le nombre qui en surprend beaucoup», commente-t-elle.

Le phénomène n’est pas sans rappeler le mot-clic #AgressionNonDénoncée, né au Québec en 2014. Ici, toutefois, la plupart des victimes présumées sont incitées à nommer leur agresseur. La créatrice du mouvement ne souhaite toutefois pas mettre la pression sur celles qui veulent taire l’identité de ceux qu’elles dénoncent.

«J’ai l’impression que ça soulage tout le monde, même celles qui ne peuvent ou ne veulent pas donner de nom parce qu’elles ont une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête», ajoute Sandra Muller.

Selon la journaliste, une des participantes aurait perdu son emploi moins de 24 heures après avoir dénoncé un supérieur sur Twitter. «95% des femmes qui dénoncent perdent leur travail», ajoute-t-elle.

Aussi dans Monde :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!