Simon Mauvieux/Métro Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Beyrouth mercredi, jour de fête de l’indépendance, pour célébrer le retour du premier ministre Saad Hariri, trois semaines après que ce dernier eut annoncé sa démission depuis l'Arabie saoudite

Des milliers de partisans du premier ministre libanais Saad Hariri sont descendus dans les rues de Beyrouth hier pour célébrer son retour tant attendu au Liban ainsi que l’annonce de l’annulation provisoire de sa démission. Reportage.

C’est en ce jour de fête de l’Indépendance que le premier ministre libanais, Saad Hariri, a choisi de rentrer au pays. Présent hier matin au traditionnel défilé militaire, M. Hariri a ensuite annoncé suspendre sa démission. «J’ai accepté cette requête afin qu’un dialogue soit mis en place dans le but de régler les divergences, notamment concernant les relations du Liban avec les pays arabes», a-t-il déclaré lors de son discours après sa réunion avec le président libanais.

À Beyrouth, des milliers de manifestants se sont réunis devant le domicile du premier ministre, la Maison du Centre, laissant éclater leur joie dans une ambiance festive. Des centaines de drapeaux libanais et du Courant du Futur, le parti de M. Hariri, flottaient au-dessus de la foule en liesse, tandis que des manifestants chantaient et dansaient pour célébrer le retour de leur premier ministre. «On est très heureux de son retour, Hariri va sauver le Liban!» s’est exclamé un groupe de jeunes hommes. Plus tard, il est apparu à la fenêtre de son domicile pour remercier la foule. «Merci, merci, merci à vous tous d’être venus pour exprimer votre loyauté», a-t-il déclaré.

La crise politique que traverse le Liban n’est pourtant pas terminée et tous les Libanais ne partagent pas l’enthousiasme exprimé hier envers le premier ministre.

Wadih Al-Asmar est militant dans le mouvement social You Stink («Vous puez»), créé en 2015 lors de la crise des ordures au Liban, où d’importantes manifestations avaient été organisées contre la corruption et l’incapacité du gouvernement à gérer les ordures après la fermeture de la plus grande décharge du Liban. Pour lui, cette situation politique résulte d’un «mélange malsain entre l’argent, la politique et les influences étrangères». «Tant que le Liban n’est pas capable de produire des emplois, d’avoir une économie saine qui n’est pas otage des donations, des aides et des capitaux étrangers, il ne s’en sortira pas», a-t-il affirmé à Métro.

«Lorsque deux éléphants s’affrontent, c’est la pelouse qui souffre le plus. Le Liban est la pelouse, et les deux éléphants sont l’Iran et l’Arabie saoudite.» – Karim Émile Bitar, politologue et directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques

Un équilibre politique fragile
Pour le politologue et directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) Karim Émile Bitar, c’est le contexte régional au Moyen-Orient, ajouté au fragile équilibre politique au Liban, qui a plongé le pays du Cèdre dans cette crise politique «extrêmement grave».

«Nous sommes en train de réaliser que notre pays n’est pas véritablement souverain. Le drame du Liban est qu’il se retrouve encore une fois enfoncé dans une guerre des axes [entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite], a expliqué le politologue. Tant qu’il n’y a pas de décrispation à l’échelle régionale, nous ne serons pas en mesure de décider de notre avenir, et c’est cela qui est le plus tragique», a-t-il ajouté.

Le Hezbollah, parti politique libanais chiite soutenu par l’Iran, est accusé par Saad Hariri et l’Arabie saoudite d’ingérence dans les conflits qui secouent le Moyen-Orient, en faisant notamment référence à la Syrie, où le parti chiite se bat aux côtés de Bachar el-Assad. Le Hezbollah a par la suite accusé l’Arabie saoudite d’avoir contraint M. Hariri à démissionner et de l’avoir maintenu en «détention».

Pour Wadih Al-Asmar, cette guerre des axes n’est pas une guerre religieuse entre sunnites et chiites, mais bien un conflit entre deux puissances qui veulent dominer la région. Selon lui, l’Arabie saoudite et l’Iran instrumentalisent la religion à des fins politiques, et c’est le Liban qui en paye le prix. «On ne peut pas être autant dépendant du contexte régional, tout en voulant construire un État indépendant. Pour nous, ça passe par une classe politique redevable seulement au peuple libanais et une alternative politique qui a un programme économique et social pour re forcer l’immunité du pays», a défendu le militant.

M. Hariri se donne 15 jours pour discuter avec les acteurs politiques libanais, dont le Hezbollah, d’une prise de distance face aux conflits régionaux. Si aucune entente n’est trouvée au-delà de ce délai, alors il démissionnera, sans pour autant quitter la vie politique libanaise.

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