DHAKA, Bangladesh — Le pape François est arrivé jeudi au Bangladesh pour la deuxième portion de son périple de six jours en Asie.

Il a demandé que la communauté internationale adopte des «mesures décisives» en réponse à l’exode de centaines de milliers de Rohingyas qui ont fui vers le Bangladesh, rompant son silence des derniers jours au sujet de ce que l’ONU estime être un exemple classique de «nettoyage ethnique».

Arrivant au Bangladesh depuis le Myanmar, le pape a dit qu’il est «urgent» pour les gouvernements du monde de venir en aide aux dirigeants bangladais, qui doivent composer avec la pire crise de réfugiés des dernières décennies en Asie.

Prenant la parole en présence du président Abdul Hamid, de responsables gouvernementaux et d’ambassadeurs, le pape a salué les sacrifices et la générosité du Bangladesh pour avoir accueilli autant de réfugiés «sous les yeux du monde». Il n’a pas identifié les Rohingyas — que ce soit en mentionnant leur nom, leur ethnicité ou leur foi — et s’est contenté d’évoquer «les réfugiés de l’État du Rakhine».

Ses propos ont toutefois été cinglants.

«Personne ne peut ignorer la gravité de la situation, le bilan énorme de souffrance humaine, et les conditions de vie précaires d’autant de nos frères et soeurs, dont une majorité de femmes et d’enfants, entassés dans des camps de réfugiés, a-t-il dit. Il est urgent que la communauté internationale adopte des mesures décisives pour résoudre les questions politiques qui ont mené à cet exode, mais aussi en offrant une aide matérielle immédiate au Bangladesh, pour appuyer ses efforts pour répondre efficacement à des besoins humains urgents.»

Des organisations de défense des droits de la personne et des militants rohingyas ont déploré que le pape, qui est pourtant connu pour sa défense acharnée des plus vulnérables et des plus démunis, n’ait pas dénoncé publiquement le sort des Rohingyas pendant sa visite au Myanmar.

Le Vatican a défendu le silence du pape au Myanmar en expliquant qu’il a voulu «construire des ponts» avec ce pays majoritairement bouddhiste. Le pape aurait aussi choisi de suivre les conseils de l’Église catholique locale, qui lui recommandait d’éviter le sujet. Les dirigeants birmans considèrent que les Rohingyas sont des immigrants arrivés illégalement depuis le Bangladesh.

Le pape ne visitera pas les camps de réfugiés rohingyas au Bangladesh, mais il doit participer vendredi à une rencontre interconfessionnelle dans le jardin de la résidence de l’archevêque de Dhaka. Une petite délégation rohingya y est attendue.

Le président Hamid a accusé l’armée birmane de s’être rendue coupable «d’atrocités impitoyables» à l’endroit des Rohingyas musulmans. M. Hamid a dit que des milliers de Rohingyas — hommes, femmes et enfants — ont été assassinés ou violés, et leurs maisons réduites en cendres.

Des images géantes du pape et de la première ministre Sheikh Hasina ont été déployées à travers la capitale, Dhaka. La cathédrale St. Mary’s a été ornée de lumières en prévision de sa visite de trois jours dans ce pays principalement musulman.

Le plus important quotidien bangladais de langue anglaise, The Daily Star, a écrit dans un éditorial être «légèrement déçu» que le pape n’ait fait aucune mention directe de la crise pendant son séjour au Myanmar.

Aussi dans Monde :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!